Bulletin À Table vol.15 no.1

Janvier 2017

Après plus d’un an d’absence, nous reprenons la production du bulletin À table. Dans ce numéro, l’éditorial aborde la question du pouvoir des citoyens avec qui nous travaillons et, plus particulièrement, du partage de notre pouvoir avec eux dans nos organismes.

Le second article, « Cap sur le pouvoir », de Mathilde Hasnae Manon, notre agente de liaison, présente les activités de notre concertation pour mettre en œuvre cette dynamique. On y remémore la recherche commune de la « Chaire « Approches communautaires et inégalités de santé (CACIS)» et de la Table comme point d’an-crage de cette démarche. Y suit une description sommaire de la formation de mobilisateurs de milieu qui en a résulté, des témoignages des participants à cette formation et le Forum de solidarité alimentaire qui nous a permis de mieux cibler nos prochains objectifs communs.

Le 3e article, « Retour sur la formation » de Mathilde Hasnae Manon, revient justement sur cet-te recherche de la CACIS pour en démontrer la pertinence et la crédibilité. Le 4e article nous fait part des conclusions du « Forum de solidarité alimentaire » du 30 mai 2016.

Le 5e article, « L’implication citoyenne dans le système alimentaire pour tous », d’Isabelle Heck, chercheur à Parole d’exclues et professeure à l’UQAM, témoigne du rôle central des citoyens de Montréal-Nord dans le développement de ce chantier inspirant et des impacts positifs de cette implication sur ce projet.

Les 6e et 7e articles, de Nina N’Diaye, une bénévole à la Table, font état de la richesse des échanges de 2 rencontres régulières de la Table et dénonce l’austérité gouvernementale sous 2 angles différents. Le 1er, « Le financement des groupes communautaires » s’attarde aux conséquences de cette austérité sur le travail des groupes communautaires, alors que le second, « Les mensonges de l’austérité » déconstruit le discours de l’État justifiant ce sabrage dans les services publics.

Le 8e article, « Mange pis tais-toé! », d’Adrian Profitos, fait également état en d’une autre rencontre régulière de la Table abordant la question du prix des aliments contrôlé par le secteur privé et proposant une intervention plus systémique de l’État pour réguler l’approvisionnement de tous à ce besoin essentiel.

L’article suivant, « Regard sur le droit à l’alimentation » de Marie Bader, une bénévole, relate l’entrevue qu’elle a eu avec Hugo A. Munoz, professeur-chercheur à la faculté de droit de l’Université du Costa Rica, où celui-ci nous raconte la démarche collective qu’il a piloté dans son pays pour aboutir à une politique alimentaire nationale basée sur le droit à l’alimentation. Inspirant !

Le dernier article « Des cantines pour tous », de Charles Gagnon et Marie Tellier, nous présente les tenants et aboutissants de ce vaste chantier visant à offrir aux écoliers de Montréal, des repas sains et nutritifs dont le prix serait modulé selon le revenu des parents, à l’instar des Mesu-res alimentaires en milieu scolaire. Ce projet cible également les personnes en perte d’autonomie abonnées aux popotes roulantes.

Il adresse enfin une invitation aux groupes communautaires désireux de se joindre à eux pour produire ces repas et en retirer une marge de profits qu’ils pourraient réinvestir dans des services gratuits aux plus pauvres d’entre nous. Emballant !

Sur la dernière page de ce bulletin, nous vous informons des améliorations apportées par Mathilde à notre site Internet et invitons nos organismes membres à en devenir des abonnés.

 

Au menu

  • Editorial : Partageons le pouvoir et la conscience de notre pouvoir collectif
  • Cap sur le pouvoir !
  • Recherche de la CACIS : un étude béton
  • Retour en image sur la formation de mobilisateurs de milieu
  • Le Forum en solidarité alimentaire : les citoyens au pouvoir !
  • L’implication citoyenne dans le SAPT
  • Dossier : luttons contre l’austérité !
  • Regard sur le droit à l’alimentation : Entretien avec Hugo A. Muñoz
  • Des cantines pour tous !Téléchargé ici la version PDF : bulletin À Table,vol15,no1

Version PDF : bulletin À Table, vol15, no1

 

Editorial

Partageons le pouvoir et la conscience de notre pouvoir collectif

Par Jean-Paul Faniel

Nous sommes tous, chacun dans nos organismes communautaires, les témoins récalcitrants de la pauvreté grandissante engendrée par un système dominant axé sur le seul engrangement sans limites des profits du 1% les plus riches. En effet, nous travaillons dans la première rangée de ce théâtre navrant d’une société qui marginalise de plus en plus une partie importante de sa population. De fait, ce sont 31 % des montréalais qui vivent sous le seuil de faible revenu et 43% des travailleurs montréalais qui reçoivent un salaire se situant sous ce seuil. Aussi, lorsqu’on constate que 19% des paniers alimentaires données par Moisson Montréal sont destinés à des ménages de travailleurs, on peut maintenant parler avec certitude de l’appauvrissement d’une partie importante de la classe moyenne qui s’ajoute au 23% de montréalais vivant de la sécurité du revenu.

Face à cette réalité honteuse pour une société aussi riche que la nôtre, nos élus, censés gouverner pour le bien commun, n’ont de cesse de développer des politiques axées sur l’accumulation gargantuesque des biens de quelques-uns. Arguant manquer de revenus pour s’occuper du minimum décent des plus pauvres d’entre nous, ils favorisent structurellement l’évasion fiscale de leurs seigneurs et maîtres à hauteur de plusieurs dizaines de milliards par année et coupent allègrement dans les services de base en santé, en éducation et en services sociaux, toutes « dépenses » vouées, à terme, à être de plus en plus assumées privément par une population prise en otage.

Pour contrer cette prédation accélérée, les forces populaires répondent en ordre dispersé. Plusieurs se vouent généreusement à combler les déficiences de l’État en essayant, avec plus ou moins d’efficacité, d’aider les plus pauvres d’entre nous à survivre quotidiennement. Les plus conscients de cette déviation du mandat de l’État se mobilisent régulièrement et rappellent nos gouvernements à leur devoir premier, servir les intérêts du peuple, mais sans grand succès jusqu’ici, avouons-le.

Pourquoi ? Nous sommes pourtant 99% de gens touchés d’une façon ou d’une autre par cette austérité. Nous avons théoriquement  le nombre pour nous face à ces prédateurs, mais nous ne réussissons à éveiller et à mobiliser qu’une partie très limitée de notre force collective. En effet, lors de notre récente mobilisation communautaire, la participation des citoyens que nous desservons fut limitée, au mieux pour les plus efficaces, à quelques personnes par organisme. Il faut faire le constat : les citoyens les plus concernés par les services communautaires ne se mobilisent pas beaucoup pour les préserver.

Au lieu de s’en désoler, il serait plus judicieux de se questionner. Est-ce parce que notre population cible est fragile et se concentre sur sa survie ? Est-ce parce que nos gens ont intégré individuellement un sentiment d’impuissance à changer les choses et n’ont pas conscience de leur force collective ? Est-ce parce qu’ils nous considèrent comme un service au même titre que ceux de l’État et qu’à ce titre nous sommes perçus comme immuables ? Est-ce parce qu’ils sont peu portés à se mobiliser pour préserver les emplois des intervenants communautaires alors qu’ils n’ont pas la moitié de nos salaires, aussi petits soient-ils ? Ou est-ce parce que le système dominant a atteint sa principale conquête, celle des cerveaux, et a fait de ses citoyens des individualistes sans références au bien commun ? J’ai l’intuition que c’est un peu de tout ça.

Alors que faire ? J’ose une réponse : si notre force réside dans le nombre, alors notre défi consiste à ce que le plus grand nombre se reconnaisse dans leur propre organisation, quitte à ce que nos organismes deviennent leurs organismes et qu’ils y expérimentent alors leur  force  collective à améliorer un tant soit peu leur vie de tous les jours. Ce n’est qu’en vivant ainsi leur pouvoir de changement à un niveau qui les touche directement qu’ils se  convaincront de leur capacité collective à changer la société à leur profit commun.

Mais encore faut-il que nous en soyons nous-mêmes conscients et convaincus et que nous soyons prêts à partager le peu de pouvoir que nous avons avec eux. C’est l’objectif que nous nous sommes donnés à la Table : travailler avec nos organismes membres au développement du pouvoir citoyen dans et à l’extérieur de nos organismes. Et pour y inscrire un horizon concret à atteindre, nous avons puisé à nos pratiques collectives pour nous projeter vers la construction progressive, à nos échelles locales d’abord, d’un système alimentaire alternatif tablant sur un rapport plus collectif à notre alimentation et ajoutant à nos pratiques quotidiennes une dimension plus grande que nous-mêmes et plus enthousiasmante. Nous ne faisons pas que nos achats alimentaires mensuels ou nos plats hebdomadaires. Nous construisons en se faisant un système alimentaire qui nous ressemble et nous rassemble.

Les chemins que nous empruntons à la Table pour y parvenir sont multiples :

  • rencontres régulières de partage d’expériences et de réflexion commune autour de thèmes liés à notre grand projet;
  • formations au développement de communautés de pratiques axé sur le pouvoir citoyen;
  • immersion d’une journée d’intervenants communautaires dans un autre organisme aux pratiques inspirantes;
  • soutien régional aux interventions locales par un accompagnement ponctuel ou plus assidu de la permanence de la Table;
  • forum annuel de réflexion sur notre dynamique d’ensemble;
  • réunions régulières du Comité de solidarité inter-organismes pour organiser durant l’année les suites concrètes de ces forums;
  • soutien régional aux interventions locales par des représentations institutionnelles.

Déjà, nous observons chez nos membres une prise de conscience de la nécessité de ce virage vers le soutien à l’organisation citoyenne et au développement du pouvoir d’agir de nos concitoyens dans leur propre organisme. Mais partager le pouvoir demeure un exercice qui exige d’avoir confiance dans l’intelligence collective et de considérer le développement de la conscience sociale chez tous comme le pivot de notre engagement. Habitués que nous sommes à offrir des services alimentaires pour aider les gens à rejoindre les deux bouts, nous percevons peut-être cette exigence comme une tâche supplémentaire, alors qu’il s’agit en fait d’une façon différente de faire notre travail, soit d’y insuffler une dimension consciente de ce que nous sommes collectivement et de ce que nous pouvons faire…ensemble. Sans oublier l’importance de fêter régulièrement nos réussites, histoire de s’encourager à poursuivre dans l’enthousiasme notre parcours vers un monde meilleur.

Cap sur le pouvoir !

Par Mathilde-Hasnae Manon

Et si nous repensions nos pratiques d’intervention en sécurité alimentaire ?

Depuis sa création en 1986, la Table s’attache à soutenir et à promouvoir très largement différentes pratiques innovatrices et émancipatrices qui ont marqué par la suite le développement du mouvement communautaire en sécurité alimentaire. Elle a également soutenu les efforts de ses membres en développant différents programmes de formation et d’accompagnement adaptés aux besoins et aux démarches spécifiques de ses groupes de première ligne et des concertations locales. En accord avec son mandat, la Table s’est consacrée, au cours des deux dernières années, au développement de communautés de pratiques locales favorisant le pouvoir d’agir des citoyens sur leur alimentation et leur vie. Plusieurs initiatives ont conduit à la réémergence d’un mouvement novateur de partage de connaissances et de pratiques, entre les membres de la Table, qui ne demande qu’à être élargi d’avantage.

La  CACIS, un allié majeur

A la demande de plusieurs organismes communautaires et en collaboration avec eux, en particulier la Table, et le regroupement provincial Faim et développement social du Québec, la Chaire Approches Communautaires et Inégalités de Santé (CACIS) a réalisé une étude sur les pratiques d’intervention en sécurité alimentaire. Cette étude a permis de mettre en lumière les impacts du dépannage alimentaire sur les populations les plus vulnérables, mais aussi de faire le point sur les différences entre les usagers des ressources en don alimentaire et ceux des organismes en intervention de coopération (jardin collectifs, cuisine collectifs, achats groupés.). L’élément le plus frappant est que face à deux types d’intervention favorisant l’accès à l’alimentation, se trouve deux types de population différents : l’un très vulnérable et en perte de contrôle sur sa vie et son alimentation, l’autre moins exclues en reprise de contrôle ! (Voir encadré page 5)

Une formation mobilisante

La Table a souhaité réagir à ces conclusions en favorisant l’appropriation des données de la recherche, mais aussi en apportant une réflexion sur les pratiques de ses membres. Ainsi, s’est enclenché, depuis près de deux ans, un travail de réflexion et de partage de connaissances entre intervenants et responsables d’organismes. Dans le soucis, de rester proche des besoins et des préoccupations des organismes membres, la Table a réuni un comité représentatif d’intervenants en sécurité alimentaire afin de réaliser un programme de formation visant le renforcement du pouvoir d’agir des intervenants en solidarité alimentaire et des citoyens dans leur milieu. Animée par Cécile Auclair et réalisée dans une démarche d’intelligence collective, cette formation, comprend trois ateliers. Le premier revient sur les résultats de l’étude de la CACIS, et permet aux intervenants de s’approprier ces conclusions et d’amorcer une réflexion sur les différentes stratégies d’interventions en sécurité alimentaire. Le deuxième atelier s’articule autour d’un partage de pratiques entre intervenants et d’une réflexion sur des pratiques qui ont fait leurs preuves pour accompagner les gens dans la reprise de pouvoir sur leur vie et leur alimentation. Enfin, la dernière journée de formation, permet aux participantEs de faire le point sur leurs pratiques et d’insuffler des perspectives d’actions collectives entre acteurs d’un même milieu. Par cette formation, la Table vise également à créer une communauté locale de pratiques en sécurité alimentaire et à encourager l’échange entre les intervenants afin de concrétiser la réalisation d’un système alimentaire alternatif, aux mains de l’ensemble des citoyens.

Un an après la tenue de cette formation, la Table est revenue vers les participants pour en mesurer l’impact. Ce que nous retenons est une conscience accrue des intervenants d’inclure les citoyens dans les interventions en sécurité alimentaire mais également de les conscientiser sur leur pouvoir collectif d’agir pour un changement social. Les intervenants ont témoigné également d’une grande volonté de tisser des partenariats locaux afin de créer une communauté de pratiques visant le développement du pouvoir d’agir des citoyens dans leur milieu. Motivé par l’impact positif de la formation, une deuxième session est en cours, qui permettra de continuer à agrandir notre communauté de pratiques.

Un Forum pour pousser  la réflexion

En continuité avec le formation, un Forum a permis de mettre de l’avant l’importance de trouver une place pour les citoyens dans le système alimentaire alternatif que nous construisons. Ainsi, nous sommes conduits à repenser nos pratiques d’intervention en sécurité alimentaire, de l’intervention de terrain à la concertation, en passant par l’espace décisionnel des organismes.

La reprise de pouvoir des citoyens sur leur vie et leur alimentation en effet passe également par leur implication dans l’ensemble des aspects de nos projets. Ceci, ne pouvant se faire que si on s’assure de leur prise de conscience des causes structurelles de l’insécurité alimentaire, et du pouvoir de l’action collective pour atteindre le changement social. L’engouement suscité par ce forum, espace de discussion, d’échanges fructueux et d’innovation, a conduit à la création du comité Solidarité inter-organisme, ayant pour mandat de reprendre les pistes d’action du forum, faciliter leur mise en œuvre local, et soutenir le développement d’une vision commune en solidarité alimentaire.

Nourrissons nos communautés de pratiques inspirantes!

Au cours de l’automne 2016, le comité de solidarité Inter-organisme a initié la tenue de deux rencontres des membres, une portant sur le développement du pouvoir d’agir citoyen et l’autre sur la mobilisation citoyenne.  La participation de 15 à 25 représentants d’organismes à chacune d’elle démontre l’intérêt de nos membres à réfléchir et à se mobiliser pour ces causes et nous encourage à continuer dans cette voie.

Forte de ces initiatives porteuses et émancipatrices, la Table et ses membres souhaitent poursuivre en 2017 la réflexion et le développement d’une communauté de pratiques. En collaboration avec le comité de solidarité inter-organismes, les membres seront conviés à participer à d’autres activités de partage d’expérience et de connaissances. Par ailleurs, nous nous penchons sur la façon dont les pistes d’actions du forum pourront être mise en place localement. Dans sa volonté d’être chef de file des initiatives novatrices en sécurité alimentaire, la Table a également amorcé la réflexion sur la place des citoyens dans cette communauté de pratiques, et dans nos instances décisionnelles.

 

Recherche de la CACIS : une étude béton

La recherche de la CACIS se base sur trois formes d’enquêtes :

· Des enquêtes auprès des responsables de 22 organismes : 16 en don et 6 en coopération

· Des enquêtes quantitatives faire auprès de 824 participants adultes fréquentant les organismes depuis 6 mois au moins, puis sur les mêmes participants 9 mois après la permière enquête

· Des enquêtes qualitatives, sous forme de récit de vie auprès de 9 participants pour compléter l’analyse des données

Pour en savoir plus lisez le résumé de l’étude publié par la CACIS : http://chairecacis.org/billets/interventions-communautaires-en-securite-alimentaire-a-montreal

 

Pourcentage des  usagers en situation d’insécurité alimentaire

 

Après une période de 9 mois, on remarque que la sécurité alimentaire des personnes fréquentant les interventions centrées sur le don augmente. Toutefois, cette situation reste plus précaire la situation initiale dans laquelle se trouvent les personnes participant à des activités de coopération.

 

Retour en image sur la formation de mobilisateurs de milieu

Par Mathilde-Hasnae Manon

Une formation faite pour vous

A l’automne 2016, la Table a débutée une deuxième session de la formation de mobilisateurs de milieu. A cette occasion nous faisons un retour en images sur les deux sessions de formation : automne 2015 et automne 2016.

A ce jour, 27 intervenants en solidarité alimentaire et représentants de tables de concertation du Montréal métropolitain ont participé à cette formation.  Durant 3 jours (de novembre à janvier) les participants ont eu l’occasion d’échanger sur leurs pratiques et de découvrir des nouveaux outils, dans un processus de réflexion collective basé sur le partage des connaissances entre pairs.

Les 3 ateliers ont permis aux participants de préciser les profils des personnes avec lesquelles ils travaillent, d’affiner les stratégies d’intervention qui leur sont associées et d’a-morcer une réflexion sur leurs pratiques pour accompagner les citoyens dans la reprise de pouvoir sur leur alimentation et leur vie.

C’est l’occasion pour les intervenants en sécurité alimentaire de s’outiller pour :

  • renforcer leur pouvoir d’agir et celui des personnes qu’ils accompagnent;
  • développer une communauté de pratiques avec leurs pairs;
  • enrichir leurs pratiques en solidarité alimentaire.

Ils ont pu retourner dans leur milieu avec de nouveaux outils pour mobiliser et animer des réflexions mobilisatrices sur le développement du pouvoir d’agir des citoyens. Une expérience que tous en grandement apprécié et qu’ils vous conseillent tous de vivre à votre tour.

« Si ça ne tenait qu’à moi cela serait un incontournable pour tous les intervenants. » A, Maison de Quartier Villeray

 

 

Avant de commencer, chacun se présente pour briser la glace

 

 

Cécile Auclair, formatrice,

introduit la démarche d’intelligence collective

 Quelques témoignages des participants :

« Cela fait du bien de se rencontrer et de voir que  même si on ne vient pas du même milieu d’intervention on partage les mêmes défis’» L’Itinéraire

« Très intéressant, cela fait du bien de se ressourcer avec d’autres intervenants en sécurité alimentaire. » E. Maison Entraide St Paul et Emard

 « Il faut sauter sur l’occasion c’est une formation très stimulante avec de bons animateurs et des intervenants passionnés » F. Mon Resto Saint-Michel

« Let’s go, cela va être bénéfique pour toi, ton organisation et ton milieu. » A. La Table de concertation en sécurité alimentaire des Patriotes

Pour plus de détails sur les ateliers et connaitre les dates des prochaines sessions de formation, contactez Jean-Paul Faniel – 514-387-7997

 

Le Forum en solidarité alimentaire : les citoyens au pouvoir !

Le 30 mai 2016, plus de cinquante personnes, provenant de divers organismes ont souligné l’importance de la mobilisation ci-toyenne dans les projets de solidarité alimentaire. La grande majorité des échanges en atelier ont permis de partager des pistes d’action concrètes pour accroître la participation, l’implication citoyenne, à partir de l’accès à l’information, en passant par la consul-tation, ensuite par la création d’espaces citoyens qui facilitent la prise de parole et l’implication jusqu’au pouvoir citoyen au sein de la gouvernance même des organismes.
Un constat qui conforte la Table et ses membres dans leur conviction qu’un nouveau système alimentaire est possible, composés par l’ensemble des initiatives alternatives portées par le milieu communautaire et de l’économie sociale, et qu’il passera nécessaire-ment par une reprise du pouvoir des citoyens sur leur alimentation et sur leur vie.

COMMENT ÉLARGIR L’ESPACE CITOYEN POUR CONSTRUIRE ENSEMBLE
UN SYSTÈME ALIMENTAIRE INCLUSIF?

 

 

 

L’implication citoyenne dans le système alimentaire pour tous

Par Isabel Heck – Chercheure à Parole d’excluEs et professeure associée à l’UQAM
Organisme à but non lucratif fondé en 2006, Parole d’excluEs a pour mission de lutter contre la pauvreté et l’exclusion sociale par la mobilisation citoyenne. L’organisation intervient par une approche de proximité et est établi à Montréal-Nord et Mercier-Hochelaga-Maisonneuve. www.parole-dexclues.ca

 

Le système alimentaire pour tous est une initiative née de besoins exprimés par des citoyens mobilisés dans le cadre d’une démarche de Parole d’excluEs. Il a pour objectif de garantir non seulement l’accès à une saine alimentation pour tous en toute dignité, mais aussi de créer et renforcer les liens sociaux et de générer des revenus pour les citoyens. Il reconnait les citoyens comme des acteurs à part entière et favorise le développe-ment du pouvoir d’agir (1). Pourquoi inclure les citoyens dans l’élaboration d’une telle démarche? Comment se fait cette inclusion concrètement?

Les citoyens comme acteurs

Parole d’excluEs mobilise les citoyens pour développer des actions et projets collectifs et transformateurs. Partant de la prémisse que la pauvreté et l’exclusion sociale résultent largement de choix économiques, politiques et sociaux, la dé-marche de l’organisation vise à influer sur ces choix pour bâtir des modèles sociaux, économiques et politiques plus inclusifs. Pour Parole d’excluEs, cette démarche passe par la mobilisation des premiers concernés, pour qu’ils partici-pent aux discussions, apprentissages et décisions qui se rapportent à la réduction des inégalités sociales. La prise en compte de leurs savoirs, compétences et aspirations est essentielle pour trouver des solutions durables et adaptées à leurs réalités et pour que ceux-ci reprennent du pouvoir sur leurs vies.
La démarche proposée permet aux citoyens en situation d’exclusion sociale et de pauvreté de ne pas être considérés – et de ne pas se considérer – comme une « clientèle » qui a besoin d’assistance ou comme des « bénéficiaires » d’aide, mais plutôt comme des « acteurs » de la trans-formation. L’accent n’est pas mis sur les « manques » des personnes en situation d’exclusion, mais sur leurs capacités et connaissances afin de développer leur pouvoir d’agir et d’arriver à des transformations tangibles. Voyons plus concrète-ment ce que cela veut dire sur le terrain.

Des réponses pour contrer l’insécurité alimentaire

2009, ilot Pelletier, Montréal-Nord. Parole d’excluEs ouvre un local communautaire et fait une étude avec des chercheurs de l’IUPE (2) afin de comprendre les be-soins et les aspirations des citoyens du quartier. Le point de vue des citoyens est déterminant pour identifier les champs d’action à mener dans un quartier. Parmi les grands défis identifiés ressortent des problèmes économiques, la faiblesse du lien social ainsi que l’insécurité alimentaire. Un comité citoyen est formé; accompagné de Parole d’excluEs, il travaille sur les défis identifiés.
Différentes actions et projets voient le jour. L’un des premiers projets est la mise sur pied d’un groupe d’achat à l’Accorderie (3), organisation partenaire de Parole d’excluEs. Les citoyens qui aident à trier et préparer les commandes pour le groupe d’achat sont rémunérés en heures (heures qu’ils peuvent ensuite échanger contre d’autres services), du même coup, le lien social est renforcé. Le projet est élaboré pour répondre aux besoins exprimés par des citoyens : manger, avoir des revenus, socialiser. Le jardin collectif derrière le local communautaire constitue un autre projet. Accompagné par un employé de Parole d’excluEs, ce sont les citoyens qui gèrent le jardin. Ils sèment, plantent, entretiennent, récoltent et transforment les pro-duits du jardin collectif.
Lorsque Parole d’excluEs est interpelé par la table de quartier en 2010 pour reprendre un projet financé par la DSP, l’organisation crée un comité de suivi en sécurité alimentaire (CSSA) pour développer des solutions plus structurantes et une vision commune de la sécurité alimentaire. Ce comité regroupe aujourd’hui une vingtaine d’organisations, incluant des citoyens. Peu à peu, ce comité développe un « système alimentaire pour tous » (4) qui comprend non seulement le volet distribution, mais aussi la production alimentaire, la transformation et la consommation.
Le Système alimentaire pour tous (SAPT) englobe aujourd’hui une variété de pro-jets, certains sont nés de la démarche de mobilisation elle-même, d’autres sont externes et ont intégré le SAPT, mais tous partagent les mêmes valeurs et objectifs. Un élément qui caractérise le SAPT est la place et la présence des citoyens, non seulement pour réaliser l’action, mais aussi pour développer une vision commune des problèmes liés à la sécurité alimentaire.

Les formes d’implication citoyenne

Les formes d’implication citoyenne dans le système alimentaire pour tous sont variées et visent à permettre aux citoyens de participer selon leurs intérêts, capacités et disponibilités. Elles comprennent autant la participation à la réflexion que l’implication plus pratique.
D’une part, les citoyens contribuent au développement de la vision ainsi qu’à la conception, planification et mise en œuvre des projets. Il s’agit là d’une contribution essentielle des citoyens pour que les orientations et projets correspondent aux besoins et aspirations de ceux-ci. Trois à quatre fois par année, il y a des assemblées citoyennes ouvertes à tous afin de mobiliser les citoyens sur l’enjeu de l’accès à l’alimentation, pour valider les besoins des citoyens, discuter de défis et identifier de nouveaux projets. Pour ceux qui souhaitent s’impliquer davantage, il y a un comité citoyen qui représente les intérêts des citoyens au ni-veau des différentes instances en sécurité alimentaire. Les membres de ce comité sont élus par l’assemblée citoyenne, participent au CSSA (par exemple à l’éla-boration des orientations et aux prises de décisions stratégiques); ils sont généralement fortement impliqués dans les différents projets via des comités de travail (par exemple, l’apiculture, le jardin collectif, le marché de quartier). Ils co-animent entre autres les assemblées citoyennes. . Enfin, une fois par année, un Rendez-vous pour l’accès à l’alimentation ouvert à la population est organisé à Montréal-Nord où le SAPT présente son bilan annuel et où l’on continue – à travers des ateliers – à développer ensemble le SAPT. Ces rendez-vous regroupent plus d’une centaine de personnes, dont environ 50% de citoyens. Ils constituent un lieu important de prise de parole et de croisement des savoirs entre citoyens, praticiens et chercheurs.
D’autre part, sur un plan plus « pratique », les citoyens contribuent aussi à la mobilisation des citoyens pour les projets, ils s’investissent entre autres dans les activités de jardinage et de cuisine, dans la préparation des com-mandes pour le groupe d’achat ou pour la coopérative de distribution alimentaire Panier Futé, ou encore, participent à l’animation festive et à la logistique des marchés de quartier à Montréal-Nord. Alors que certaines personnes ne participent qu’occasionnellement, d’autres s’impliquent presqu’au quotidien. À titre d’exemple, plus de 370 heures d’implication citoyenne ont été comptabilisées dans l’organisation et la tenue de 12 jours de marchés hebdomadaires à l’automne 2016 (Rapport du Marché du Nord – Rolland-Pascal, 2016).
La participation des citoyens se fait donc à différents niveaux : ils co-construisent les projets avec les autres acteurs, participent aux prises de décision, et mettent la main à la pâte lors de la réalisation des projets. Les modes d’implication se veulent souples afin de permettre l’inclusion d’une diversité de profils de citoyens dans la démarche.

L’impact sur les citoyens

Quel impact cette implication a-t-elle sur les citoyens et les projets? En quoi aide-t-elle à développer le pouvoir d’agir des personnes en situation d’exclusion sociale et de pauvreté? Regardons ce que les citoyens impliqués dans le SAPT nous ont partagés à ce sujet (7) :
La valorisation des propos de chacun est l’élément qui a amené Noria à se mobiliser dans le projet :
« Ce jour-là [à la première rencontre sur la sécurité alimentaire], il y avait des questions, et il y avait des réponses ou-vertes, et toutes les réponses étaient prises en considération. Il n’y avait pas vraiment de hiérarchie […]. Des fois, il y a quelqu’un qui va exprimer une idée dans ses mots, mais ça peut vraiment passer inaperçu; lui [l’accompagnateur] par contre non, tout ce qui se disait, il en prenait note et on revenait dessus et on faisait la discussion. Ça, j’étais comme ‘oh wow’. Cette personne-là [l’accompagnateur] m’a inspirée à travailler avec. C’est ça qui a fait que j’ai embarqué. »

Elle se traduit par un sentiment de fierté, lorsqu’on constate l’impact de sa parole, comme en témoigne l’exemple de Noria, rapporté par une de ses pairs : « Je prends l’exemple de Yvelise, qui a participé aux RDV [sur l’accès à l’alimentation] et qui avait donné la phrase ‘mettre fin à la faim’. Elle dit ‘oh oui, c’est moi qui l’ai dit et c’est la deuxième fois’… c’est une fierté, c’est une phrase, mais après tu vois ta phrase qui s’inscrit partout…
c’est une fierté. »
La reconnaissance et la valorisation de l’apport des citoyens peuvent encourager l’expression, renforcer la confiance en soi, et ainsi favoriser la participation et le passage à l’action.
Jacynthe, ancienne professionnelle qui a fréquenté les banques alimen-taires, retrouve dans la démarche proposée un retour à ses rêves et y valorise la dignité des personnes : « Ce n’est pas parce que tu es pauvre que tu dois manger n’importe quoi! Je m’implique pour la dignité, l’action, et les bons produits. […] J’ai toujours aimé faire des projets. Mon engagement avec Pa-role d’excluEs est un retour des rêves, j’ai besoin de trouver des
solutions. »
Une approche participative comme celle du Système alimentaire pour tous permet de travailler au-delà de l’alimentation. Elle contribue à briser l’isolement et à créer du lien social :
«Y a du monde qui se parle [aujourd’hui] qui ne se parlait pas il y a 5 ans et ils ne se seraient pas parlés autrement. Pour-tant, ils ont les mêmes problèmes, ils ont des choses en commun. Il y a eu un vrai impact positif dans la création
de lien social. » Gregory
« Le côté collectif, je trippe sur ça. Quand je regarde mon background culturel, je retrouve pas mal ce que j’ai laissé là-bas [au Maghreb]. Je ne vis pas le dépayse-ment en quelque sorte. » Noria
La participation à la démarche permet également de valoriser et de développer des compétences :
« C’est un enrichissement côté personnel, mais aussi côté professionnel. Moi, si je voulais travailler dans un endroit qui traite la question de l’accès alimentaire, je trouve que j’ai beaucoup d’expérience […], je trouve que j’ai beaucoup d’expérience et je parle des choses aisément. »
Ainsi, les citoyens soulignent les apports de l’implication citoyenne et de la dé-marche en termes personnels et professionnels, bien au-delà des questions alimentaires proprement dites. Développer un projet à partir des besoins exprimés par les citoyens – alimentaires, mais aussi sociaux et économiques – est d’autant plus pertinent que l’insécurité alimentaire n’est qu’une dimension de la pauvreté et l’exclusion sociale.
Le rôle des praticiens dans l’accompagnement de la participation citoyenne
Intégrer des personnes en situation d’exclusion sociale et de pauvreté comme des acteurs dans un projet comme le système alimentaire pour tous demande, du côté des praticiens, un accompagnement continu. Il s’agit de créer un environnement, une zone de confort, dans lequel les gens se sentent écoutés, à l’aise de s’exprimer et en position de co-construire. Cela est particulièrement important lorsqu’on accompagne des personnes en situation d’isolement social et peu habituées au travail collectif. Il est alors primordial pour le praticien de prendre le temps et d’être souple afin d’apprendre et d’avancer en-semble dans le développement de la ré-flexion et de l’action. Enfin, l’équilibre et l’aller-retour entre l’action et la réflexion constituent une autre dimension cruciale à l’accompagnement d’une approche qui vise à développer le pouvoir d’agir des personnes et des collectivités. Tout comme la réflexion est essentielle pour comprendre une situation et concevoir des actions durables et transformatrices, l’action concrète est primordiale pour vivre le changement et ainsi maintenir et développer la mobilisation.
« L’effet wow fait avancer les choses. Il faut du concret. Tu participes aux décisions et aux actions. L’expérience du marché cette année est tout un gros exemple comment les citoyens étaient emballés par la participation. Ça fait tourner la roue. Ces actions des citoyens font effet boule de neige parce qu’un citoyen amène un citoyen, qui en amène un autre, etc. ça fait grossir, et ça fait grossir la vision et multiplier les actions. » Noria, citoyenne impliquée au SAPT.

Notes :

(1) Le pouvoir d’agir réfère à « la possibilité concrète d’agir sur ce qui est important pour nous. […] Pouvoir agir signifie également être en mesure d’agir, c’est-à-dire disposer des ressources nécessaires pour tenter quelque chose de concret. Ces ressources sont parfois très structurelles […], parfois très personnelles (une plus ou moins grande facilité à prendre des risques, les habileté disponibles et celles qu’il reste à développer, un sentiment de compétence personnel, etc.). » (Le Bossé, 2016: 8-9).
(2) Incubateur universitaire de Parole d’excluEs. Il s’agit d’une unité de recherche affiliée au CRISES (Centre de recherches sur les innovations sociales) qui a pour but d’accompagner les démarches de Parole d’excluEs par la recherche.
(3) www.accorderie.ca
(4) www.alimentationpourtous.org

(7) Les citation dans cet article proviennent d’entrevues avec des citoyens impliqués dans le SAPT et effectuées par Florianne Socquet Juglard et
Isabel Heck.

Références
– Comité de suivi en sécurité alimentaire. Rapport du marché du Nord 2016 (Nord-Est).
– Le Bossé, Yann. 2016. Soutenir sans prescrire. Aperçu synoptique de l’approche centrée sur le développement du pouvoir d’agir des personnes et des collectivités. Québec : Éditions ARDIS.

 

Luttons contre l’austérité ! Le financement des groupes communautaires

Par Nina N’Diaye

En ces temps d’austérité, le monde communautaire, qui souffre déjà d’un sous-financement chronique, devra se battre bec et ongles pour sa survie. Les maigres sommes réclamées en financement supplémentaire (quelque 360 millions de dollars soit 0,3% des dépenses gouvernementales) seront-elles honorées et les conditions reliées à ce financement resteront-elles inchangées ? Rien n’est moins sûr dans ce contexte de bouleversements économiques et sociaux où se profile à l’horizon une généralisation de la privatisation des services publics. Le Regroupe-ment intersectoriel des organismes communautaires de Montréal (RIOCM) a fait part de ses réflexions à la Table, au cours de l’année 2015.

L’austérité et ses conséquences sur le monde communautaire

La politique actuelle d’austérité du gouvernement libéral de Mr Couillard n’est pas la première dans l’histoire récente du Qué-bec. En fait, depuis 20 ans, nous en avons subi 4 qui ont eu pour conséquence la réduction des impôts des entreprises et des plus riches, des coupures importantes dans les services publics à la population et le recours de plus en plus marqué à une approche de type utilisateurs/payeurs.
Selon la formule consacrée, rien ne se perd, rien ne se crée. Donc ce que l’on donne aux uns, il faut le prendre à d’autres. C’est ainsi que des compressions budgétaires ont été imposées au réseau de l’éducation, au secteur de la santé avec notamment des coupes dans le soutien aux besoins essentiels (préparation des repas) au profit du seul soutien aux soins thérapeutiques et également au secteur des services sociaux diminuant sensiblement les services aux groupes communautaires en CLSC. Face à cette situation, des décisions difficiles mais indispensables pour leur survie ont dues être prises par les groupes communautaires, comme le montre une enquête réalisée par l’Institut de recherche et d’informations socio-économiques (IRIS). En effet, 93% des organismes ayant participé à l’enquête affirment subir d’une manière ou d’une autre les effets du sous-financement. Parmi eux, 71% disent avoir constaté une augmentation de la charge de travail de leurs employé-e-s et/ou bénévoles, notamment en raison de l’augmentation des besoins des populations desservies. De plus, 38% des groupes ont dû restreindre leurs activités ou cesser certains services et 37% déclarent être en déficit budgétaire. Il n’est pas rare que les employés de groupes communautaires subissent des congédiements, des licenciements saisonniers voire même des diminutions de salaire (16 à 20% des organismes sondés).

Un cercle vicieux

L’accroissement des inégalités sociales et l’appauvrissement de la population font en sorte que de plus en plus de personnes ont désormais recours aux organismes communautaires. Ajouté à cela, le désengagement de l’État envers sa mission de services publics a pour effet d’augmenter le nombre de personnes devant se tourner vers le milieu communautaire pour obtenir l’aide dont elles ont besoin. Par ailleurs, les problématiques auxquelles elles font face se multiplient et se complexifient, ce qui nécessite de la part des organismes des ressources supplémentaires pour ré-pondre adéquatement aux demandes qui leur sont formulées.
De plus, les réformes profondes du système de santé a des impacts majeurs sur l’organisation des services en santé et services sociaux qui se sont notamment traduits dans la région de Montréal par la fusion des CSSS en 5 CIUSSS, le transfert des soins à domicile par les CLSC vers les services d’économie sociale et la création de cliniques médicales privées. Cette réorganisation fait craindre aux responsables communautaires une perte de cohérence dans plusieurs dossiers dont l’itinérance, la santé mentale, la santé publique, etc. Les populations qui bénéficiaient de services risquent d’être encore plus fragilisées. Elles devront se tourner vers le milieu communautaire qui lui, est déjà à bout de souffle et ne peut réaliser pleinement ses missions de base. Ainsi s’instaure un véritable cercle vicieux difficile à rompre.
Soulignons le fait que si les enjeux de la politique d’austérité touchent toute la population du Québec, certains d’entre eux sont néanmoins propres à la région de Montréal. Ils sont actuellement défendus dans le cadre de la négociation entre le gouvernement Couillard et la Ville de Montréal. En effet, Montréal se positionne stratégiquement pour assumer ses responsabilités de grand centre urbain et toutes les nouvelles responsabilités qui lui seront déléguées par le gouvernement moyennant des ressources financières pérennes. Quelles seront ces nouvelles responsabilités? Quels en seront les impacts sur l’action communautaire et sur le leadership des organisations? Les nouvelles orientations et modalités de financement permettront-elles d’enrayer la spirale de paupérisation induite par les politiques d’austérité successives? Les groupes communautaires n’ayant pas été consultés, les réponses à ces questions préoccupantes restent inconnues.

Le financement privé, la nouvelle donne

Cependant, une chose est claire : l’évolution des rapports entre l’État et le milieu communautaire instaure une nouvelle gouvernance qui met en péril l’autonomie de l’action communautaire. En effet, les nouvelles tendances mises de l’avant par l’État concernant le financement des organismes communautaires s’inspirent d’expériences britanniques et américaines visant à confier le financement du communautaire, et donc des services à la collectivité, à des gestionnaires privés. Ainsi, à Montréal, l’organisme Centraide gère dorénavant un consortium de bailleurs de fonds privés, nommé le Projet Impact Collectif ou PIC, qui comprend les fondations Chagnon, Saputo, McConnell, Dollar d’argent et Grand Montréal.
Le PIC détermine les critères de finance-ment des projets, les modalités d’action des organismes de la région de Montréal en encourageant l’élargissement du ré-seau d’acteurs participant, ouvrant ainsi la porte à l’implication de partenaires privés. De plus, il renforce le système de reddition de comptes. Cette approche impose une dynamique descendante et hiérarchique qui contraste avec l’approche ascendante (qui part du terrain pour remonter vers les instances gouvernementales) et résolument démocratique privilégiée par le milieu communautaire.
Les effets pervers reliés à ce mode de financement privé sont multiples. Citons à titre d’exemples le fait que cela ne permet pas de soutenir de manière pérenne les missions des organismes; que les intérêts et les logiques d’action du mi-lieu communautaire et du secteur privé divergent, ce qui entrave le processus de collaboration; que certains groupes pourraient modifier leurs champs d’activités pour augmenter leurs chances de financement, etc.

Le milieu communautaire se mobilise

Les pratiques de financement et de gestion récemment imposées par l’État auront un impact sans précédent sur le mouve-ment communautaire privilégiant l’autonomisation des usagers et la participation citoyenne. Il s’agit là d’un change-ment de paradigme qui mériterait un débat public sur le modèle de société souhaité par les Québécois. Encore faut-il que la population connaisse le rôle majeur qu’ont joué et que jouent encore les groupes communautaires dans la société malgré le sous-financement chronique auquel ils sont confrontés.
Mais le milieu communautaire n’est pas en reste. La campagne de mobilisation « je tiens à ma communauté, je soutiens le communautaire », lancée en 2012 par le mouvement communautaire autonome, cible la population et les instances publiques en faisant valoir ses revendications en matière de financement. Par ail-leurs, dans le cadre de la campagne 2015-2016, un Observatoire communautaire de l’austérité a été mis sur pied à l’échelle nationale afin de documenter les impacts réels de l’austérité sur les organismes et les membres et le personnel. Les témoignages recueillis seront largement diffusés afin de montrer le vrai visage de l’austérité.
Pour finir, un mouvement national de grève et de manifestations contre l’austérité a été lancé les 3 et 4 novembre derniers. Suivi par plus de 1 200 organismes communautaires, ce mouvement a suscité une mobilisation historique qui n’a pour-tant pas modifié la position du gouverne-ment Couillard face aux revendications émises. Il apparaît urgent d’établir un contre-pouvoir fort en mobilisant les membres des services communautaires par l’éducation populaire et l’action citoyenne afin que leurs voix puissent être entendues.

 

Luttons contre l’austérité ! Les mensonges de l’austérité

Par Nina N’Diaye

L’austérité nous frappe, ce mal qui tue à petit feu les peuples, alors que le Grand Capital s’enrichit en bénéficiant de la clémence, voire de la connivence des gouvernements. Est-elle la seule réponse possible face à l’endettement du Québec et à la crise mondiale qui sévit ? Quelles sont les véritables motivations de nos élus qui sont censés assurer le bien commun? Et quelles seront les con-séquences d’une politique d’austérité sur les groupes communautaires et leurs usagers? C’est ce dont sont venus nous entretenir Simon Tremblay-Pépin, de l’Institut de recherche et d’information socio-économique (IRIS), et Sébastien Rivard, du Regroupement intersectoriel des organismes communautaires de Montréal (RIOCM), en novembre 2014 et en janvier 2015.

La dette de l’État : de quoi parle-ton précisément ?

La dette du Québec est au coeur des débats politiques depuis au moins 30 ans. On questionne continuellement son ampleur, le fardeau qu’elle représente-rait pour les générations futures, comme s’il s’agissait d’une menace imminente justifiant les choix politiques difficiles faits par nos gouvernements successifs.
Mais qu’est-ce que la dette publique exactement ? Cela n’a rien à voir avec la dette d’une famille. Lorsqu’on nous rabâche que nous sommes collective-ment endettés de plusieurs milliards $, on associe la situation de l’État à celle d’une famille et on imagine de suite les huissiers se présentant aux portes du Québec. Non seulement, cette vision ne correspond pas à la réalité, mais en plus, elle nous empêche de juger de la pertinence des décisions économiques qui sont prises au regard de cette fameuse dette.
Il faut savoir qu’il y a 4 façons de calculer la dette d’un État. Quand on parle de la dette brute, celle qui est le plus sou-vent mentionnée dans l’espace public, on se réfère à plusieurs éléments dont certains ne sont pas des dettes au sens strict, c’est-à-dire des montants empruntés sur les marchés financiers, mais plutôt des prévisions de dépenses.
De plus, on ne tient pas compte des actifs financiers du gouvernement. C’est comme si on considérait la dette de quelqu’un sans tenir compte de l’argent qu’il a épargné. En 2013, la dette brute représentait 191,8 milliards $.
Il est plus approprié de considérer la dette nette qui correspond à la dette brute moins les avoirs du gouverne-ment. Elle s’élevait à 175,5 milliards $ en 2013. La dette représentant les déficits cumulés correspond à la dette nette moins les actifs non financiers non amortis comme les infrastructures (routes, hôpitaux, écoles, etc.). Il s’agit en fait d’une opération purement comptable qui ne change rien à ce que le gouvernement doit à ses créanciers. Finalement, la dette du secteur public comprend les dettes du gouvernement et celles des institutions associées comme Hydro-Québec, les municipalités, les universités, etc. Elle est évidemment très impressionnante (256,4 milliards $ en 2013) et abondamment citée pour impressionner les citoyens.
Elle doit cependant être mise en relation avec d’autres mesures, comme par exemple, le Produit intérieur brut (PIB) qui reflète l’activité économique d’un pays, soit sa capacité à produire des richesses, tel qu’illustré dans le tableau ci-contre. On réalise alors que la dette dus aux déficits cumulés se situe à 1/3 du PIB, ce qui n’est pas une situation si préoccupante comparativement à d’autres pays de l’OCDE.

La situation au Québec

« Le contexte dans lequel se situent les mesures d’austérité du gouvernement actuel est particulier, car contrairement à l’Europe ou aux États-Unis, la crise financière de 2008-2009 n’a déstabilisé ni le Canada, ni le Québec » explique M. Tremblay-Pépin de l’IRIS.
En effet, les statistiques montrent que le produit intérieur brut (PIB) n’a pas vrai-ment diminué au Québec lors de cette fameuse crise. Cependant, aujourd’hui, le gouvernement du Québec éprouve des difficultés à se remettre à flot. Le taux de croissance du PIB est peu dynamique (autour de 3%) et le budget de l’État est déficitaire. Ce dernier mise sur les investissements dans les infrastructures, considérés comme une bonne dette, pour relancer l’économie.

La volonté du gouvernement libéral de retrouver l’équilibre budgétaire se traduit aussi par des compressions visant une réduction de 10 à 20% de la masse salariale. Selon le rapport Godbout-Montmarquette, le déficit budgétaire à combler serait de 3,7 $ milliards. Le portrait dressé est assez alarmiste : hausse des dé-penses de l’État de 3,2 $ milliards, baisse des revenus de 500 $ millions. En réalité explique M. Tremblay-Pépin, le gouvernement, en exagérant ainsi la dette tente de conditionner les citoyens à accepter une coupure de 1,8 $ milliards des dé-penses publiques. On gonfle démesuré-ment la facture à payer et, quand finale-ment on coupe celle-ci de moitié pour correspondre à la réalité, l’opinion publique est bien contente de « s’en tirer à si bon compte ». C’est la stratégie du « grand fiou »! Du grand art d’arnaqueur !
Mais à qui l’État doit-il ces sommes d’argent? Dans les faits, le gouvernement est principalement endetté envers sa propre population et des banques canadiennes qui lui offrent des taux d’intérêt fort avantageux. Il n’y a donc pas d’urgence à remettre cette dette en saignant les citoyens.

Deux poids, deux mesures

Lorsqu’on examine de plus près les me-sures préconisées pour arriver à l’équilibre budgétaire, on constate que tout le monde n’est pas logé à la même enseigne. Ainsi, alors que certaines entre-prises se verront accorder des congés de taxes, que des sommes conséquentes sont investies pour la relance du Plan Nord, les compressions toucheront essentiellement les services directs donnés à la population à savoir l’éducation, les garderies, la santé, les programmes sociaux, la culture. A contrario, une politique de relance économique globale permet-tant à l’État d’engranger plus de revenus n’est aucunement envisagée comme une option pour enrayer la crise; ni une ré-forme visant à rééquilibrer le fardeau fis-cal en faveur des travailleurs et encore moins une lutte contre l’évasion fiscale illégale qui représente des centaines de milliards de dollars hors des coffres de l’État.
Les réformes déjà engagées par le gouvernement Couillard ne représentent malheureusement que la pointe de l’iceberg qui va bientôt nous frapper de plein fouet. Car il ne faut pas se leurrer, le pire est à venir avec le prochain budget 2015-2016. Ainsi, une réforme majeure de la fiscalité est attendue. La classe moyenne en fera certainement les frais.
De plus, le principe de l’utilisateur/payeur risque de primer sur celui de l’universalité des services publics. Le gouvernement annonce les couleurs pour évaluer l’acceptabilité des mesures d’austérité pro-posées, explique M. Tremblay-Pépin. Ces dernières seront adoptées ou non selon le niveau de résistance de la population.

La dictature du Capital

Qui le gouvernement sert-il réelle-ment? Le peuple qui l’a démocratiquement élu ou la minorité entre les mains de laquelle s’accumule la richesse du Québec? Le système capitaliste dans lequel nous vivons fait en sorte qu’il n’y a nul besoin de croissance économique pour que les riches s’enrichissent d’avantage. Il suffit de recourir principalement à trois moyens :

  • la financiarisation des avoirs en plaçant le capital dans des paradis fiscaux
  • l’érosion des acquis sociaux et environnementaux dont les sociétés se sont dotées afin de diminuer le coût du travail;
  • et finalement, la réduction des dé-penses publiques en coupant drastiquement dans les services à la population.

La réponse à la question est donc claire et les statistiques confirment le fait que les 10% les plus riches de la population québécoise tirent leur épingle du grand jeu de Monopoly auquel la planète entière est conviée à participer.
Les 90% restants s’appauvrissent subissant ainsi les conséquences d’un jeu où les dés sont pipés d’avance. C’est la dure loi de la dictature du Capital. Les politiques d’austérité n’ont d’autre objectif que celui de servir les intérêts d’une minorité fortunée.

Les conséquences du désengagement de l’État

L’impact des compressions budgétaires sur les organismes communautaires est énorme. Le démantèlement des services publics favorise la sous-traitance de ceux-ci par les organismes communautaires, considérés par l’État comme des prestataires de services à bas prix.
Cette stratégie est particulièrement utilisée par le gouvernement pour les services aux personnes âgées et aux déficients intellectuels. Paradoxalement, le financement des groupes communautaires stagne, alors que le nombre d’usagers croît rapidement.

Dans cet exercice, les missions de base de ces derniers sont d’ailleurs peu respectées, l’État privilégiant le financement par projets lié à des priorités gouverne-mentales. Les groupes en survie n’ont d’autres choix que de se coller sur ces priorités pour rester en vie.
Pour contrer cette politique néo-libérale et manifester le refus de cette politique de cheval, le RIOCM préconise une mobilisation citoyenne, que ce soit par une grève des groupes communautaires, par des représentations ciblées auprès des députés ou par des manifestations populaires.
Car les effets néfastes de la politique de rigueur se font déjà sentir comme en témoignent certains membres de la Table, notamment ceux assurant la Me-sure alimentaire en milieu scolaire tels que PEYO et le Garde manger pour tous.
Les relations entre le milieu communautaire et la Ville de Montréal sont égale-ment affectées. En effet, certains groupes subissent des hausses de taxes foncières qui fragilisent leur action en sécurité alimentaire.
De plus, le projet de création de « corporations sociales » mis de l’avant par le Maire Coderre risque de nuire aux tables de quartier.

Réactions des membres de la Table

Les membres sont d’avis que pour exercer une réelle influence sur les décisions politiques, la sensibilisation et la mobilisation des usagers sont essentielles, et cela pour deux raisons comme le précise le directeur de la Table, Jean-Paul Faniel.
La première, c’est qu’ils sont les premiers concernés par les coupures de services et, qu’à ce titre, ils ont tout intérêt à se mobiliser pour les combattre. La deuxième raison concerne le fait que le gouvernement ne reculera que lorsque les citoyens, qui sont des électeurs potentiels, démontreront clairement leur volonté de freiner le massacre annoncé dans les programmes sociaux.
La lutte sera longue et difficile, il faut se le dire et rappeler aux usagers que ce n’est que par la persévérance dans l’action que l’on aboutira à un résultat. Prenons à titre d’exemple, le mouvement étudiant contre le parti libéral en 2012 lors du Printemps Érable.
D’autres membres insistent sur le fait que l’on doit se donner les moyens de nos ambitions. Avoir un bon argumentaire ne suffit pas à développer la conscience sociale des gens. Il faut donc former les intervenants communautaires à ce travail de sensibilisation qui est long et ingrat, car l’effort consenti ne mène pas toujours au résultat escompté.
Il faut également développer la con-fiance des usagers dans leur capacité à pouvoir changer les choses par leur action collective. Car « c’est par une prise de conscience répétée de l’expérimentation concrète de notre pouvoir collectif de changer les choses que ces personnes, souvent fragilisées, reprendront confiance en elles-mêmes et que, sur la base de cette confiance retrouvée, elles pourront croire en leur force pour se mobiliser contre l’injustice de notre système. »
On en revient donc toujours au même point : l’argent, le nerf de la guerre! Et alors que l’État clame à qui veut l’en-tendre son manque de revenus, l’évasion fiscale légale et la corruption la privent d’un énorme manque à gagner. Ne pourrait-on agir à ce niveau?
Un autre point à relever est le fait que le gouvernement actuel ne prêche pas par l’exemple, loin s’en faut! En effet, la rigueur budgétaire ne s’applique pas à ceux qui la mettent en place puisque les primes de départ, les allocations de transition (appelez-les comme vous voulez) sont encore distribuées à ce jour. À quand une politique minceur pour nos élus?

 

Luttons contre l’austérité ! « Mange, pis tai-toé »

Par Adrian Profitos

Un double fardeau nutritionnel

Selon le Bilan Faim 2012 des Banques alimentaires du Canada, 882 000 Canadiens avaient recours aux banques alimentaires, dont12% avaient un revenu de travail et 38% étaient des enfants. Cela représentait un coût annuel du panier de base de 7 262$ par personne et de 14 815$, au Nunavut. De plus, selon la mission officielle d’Olivier De Schutter, en mai 2012, le coût annuel pour le Canada de cette insécurité alimentaire était de 3 millions$. Chez nos riches voisins américains, selon une étude de Sophia Murphy, on comptait, en 2005, 11% des Américains (dont 18% d’enfants) qui fréquentaient les banques alimentaires. Pourtant, selon cette même étude, les opérateurs (agriculteurs, transformateurs distributeurs) produisent deux fois plus que la demande domestique.
Par ailleurs, selon une autre étude de C. Gervais, de l’Institut de santé publique du Québec, 56% des canadiens souffrent d’une surcharge pondérale (surpoids ou obésité). En santé publique, on pointe du doigt en la matière l’«offre alimentaire», plutôt que les choix individuels.

L’augmentation du prix des aliments

Second aspect observé, l’augmentation du prix des aliments devient de plus en plus un facteur diminuant sensiblement l’accès aux aliments sains et nutritifs. Selon Statistiques Canada, nous avons subi une augmentation de 30% du panier alimentaire en 10 ans, soit de 2001 à 2011, alors que le revenu moyen lui n’augmentait que de 10%. Le tableau ci-contre illustre plus précisément cette tendance lourde :

Variabilité du prix des aliments selon la distribution géographiques

Autre facteur important de l’accès pour la population aux aliments de base sains et nutritifs est la variabilité de leurs prix selon l’endroit de leur distribution. Il en ressort que les canadiens en région éloignée, comme les peuples autochtones, sont ceux qui ont le plus de difficultés à bien se nourrir. Il s’agit là d’un problème de santé publique, mais la Commission sur l’avenir de l’agriculture et de l’agroalimentaire québécois recommande pourtant à l’État de ne pas réguler le commerce de détail.

Les prix alimentaires tributaires de la concentration et de l’actionnarisation des entreprises

La très grande majorité des aliments que nous consommons sont la propriété de quelques entreprises multi-nationales qui ont l’obligation de transférer à leurs actionnaires la plus haute marge de profits au risque de les voir transférer leurs actions dans d’autres secteurs de l’économie plus rentables pour eux. Les stratégies de marketing frisant le harcèlement alors employées auprès des mangeurs surclassent de beaucoup les quelques messages d’informations sur la saine alimentation diffusées par Santé Canada.

Le prix des aliments et les modes de production

Le prix des aliments est aussi tributaire des modes de production. On comprend aisément que le rendement par hectares soit très différent entre un paysan africain qui cultive ses légumes à la bêche manuelle et celui de l’industriel brésilien disposant des machineries agricoles les plus modernes et les plus performantes. En fait, cette différence est de 1 pour 2000 en kilo-gramme/heure.
Évidemment, quand le même produit se retrouve en concurrence sur le marché du village africain, même en con-sidérant le coût de transport, la différence de prix au consommateur est telle que le paysan local ne peut vendre sa production et est acculé à ne pouvoir vivre de son travail. Ce sont ainsi 2 milliards et 600 millions de paysans qui vendent 74% de leur production à seulement 100 entreprises, dont la super-entreprise Nestlé qui, avec 119 milliards$ de ventes en 2010, détient le premier rang au monde des entreprises agroalimentaires.

La gestion de l’offre ou le modèle américain

Le mode de production agricole varie aussi en Occident. Ainsi le modèle américain de production agricole favorise une agriculture industrielle caractérisée par une concentration de plus en plus grande de la propriété et une production intensive. Au Canada, et plus particulièrement au Québec qui a été le moteur de cette approche, on a adopté un autre mode de production plus proche de la propriété familiale qui nous caractérise encore et plus adapté à notre réalité nordique qui nous pousse, surtout en région éloignée, vers une production animale, et ce, dans trois secteurs : le lait, la volaille et les oeufs.
Ce mode gestion est basé sur un con-trôle de la production en fonction de la demande nationale et assure aux producteurs le même revenu pour un même produit, quel que soit l’éloigne-ment des marchés de chaque producteur agricole, l’ensemble des cotisants assurant solidairement les coûts de transport. Il permet l’occupation du vaste territoire canadien et stabilise également le prix à la consommation.
Si nous adoptions le modèle américain, de nos 6 400 fermes québécoises, nous passerions à seulement 350 fermes pour la même production. Nous ne sommes pas sûrs qu’on en ressorte gagnants à plusieurs niveaux.

Le prix des aliments et la malnutrition

Pour augmenter la marge de profit des géants transformateurs et distributeurs alimentaires et, par conséquent, leurs redevances à leurs actionnaires, ceux-ci ont vite compris qu’il devait transformer les aliments et offrir aux consommateurs des plats prêts à manger à prix abordables.
Évidemment, offrir des aliments ainsi transformés exigeait des agents de conservation additifs pour éviter des pertes excessives. Or, selon le professeur Carlos Monteiro, l’augmentation de la production et de la consommation des aliments ultra-transformés est maintenant la principale tendance du système alimentaire mondial et l’un des principaux déterminants de l’épidémie d’obésité et de maladies non transmissibles.
L’éducation à une meilleure alimentation (comme le Guide alimentaire de Santé Canada), qui individualise ce choix et culpabilise les gens, ne suffira donc pas. L’État devra taxer ces aliments de malnutrition, insiste-t-il, pour décourager les consommateurs d’y avoir recours et favoriser leur retour aux aliments de base qu’ils cuisineront.
Or, alors que les enveloppes budgétaires des Directions régionales de santé publique viennent d’être amputées du tiers (1/3) de leur budget, un tout récent rapport de l’Institut national de santé publique du Québec nous apprend que l’obésité et la surcharge pondérale coûtent annuellement 1,5 milliard$ en soins de santé additionnels. Mais, encore ici, nos gouvernements refusent de réguler le système alimentaire, même s’il s’agit ici d’un autre problème de santé publique qui est rendu endémique. En fait, on est en face d’un système alimentaire dé-bridé qui laisse au libre marché, et donc aux intérêts privés, le soin de nous nourrir comme bon leur semble, quel que soit le prix sanitaire et environnemental que chacun devra payer. On est loin d’un État garant du bien commun. On est plutôt gouverné par un État garant du bien de quelques-uns.

Le respect du droit à l’alimentation

Le droit à l’alimentation est le droit d’avoir un accès régulier, permanent et libre, soit directement, soit au moyen d’achats monétaires, à une nourriture quantitativement et qualitativement adéquate et suffisante, correspondant aux traditions culturelles du peuple dont est issu le consommateur, et qui assure une vie psychique et physique, individuelle et collective, libre d’angoisse, satisfaisante et digne. C’est en quelque sorte l’expression «juridique» de la sécurité alimentaire.
Cette définition correspond aux éléments fondamentaux du droit à l’alimentation tel que défini dans l’Observation générale No. 12 du Comité des droits économiques, sociaux et culturels (organe chargé de la mise en oeuvre du Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels dans les États en faisant parties).

Le non-respect d’autres droits humains posés par la question alimentaire

1. Droit à la santé (Déclaration universelle, PIDESC, CRDE)
2. Droit au travail décent (Déclaration universelle, PIDESC, CRDE…)
3. Droit à un environnement sain (Décl. Stockolm, 1972, Rio 1992)
Droit au développement (Déclaration droit au développement 1986) qui affirme notamment la souveraineté des États sur leurs ressources naturelles.

Solutions nationales

Nos revendications liées à la Démocratie alimentaire concernent essentielle-ment quelques produits de base du panier alimentaire pour lesquels l’État assumerait son rôle de garant du bien commun en étendant à ces produits la gestion de l’offre qui s’applique déjà à trois produits (le lait, la volaille et les oeufs) et en y ajoutant un contrôle des prix à la consommation afin que tous puis-sent se nourrir convenablement en ayant accès à faible prix à un tel panier alimentaire de base.
Il n’importe pas que le prix des croustilles soit régulé (sauf peut-être pour un haut prix plancher) ou celui du sirop d’érable, un produit de luxe. Mais que le prix des patates, le soit, OUI ! En fait, 40 à 50 aliments de base, frais ou faible-ment transformés (ex : farine) pro-venant de notre territoire, peuvent composer l’essentiel d’une alimentation saine et variée et d’un tel panier alimentaire contingenté par l’État. C’est là qu’est le bien commun, le «service public alimentaire». C’est là où l’État à une responsabilité et donc un devoir d’intervention. À nous de le lui rappeler !

En conclusion: le besoin d’un État dédié au bien commun

Le tableau ci-contre illustre bien les différentes formes d’intervention de l’État dans les services à la population. La flèche du haut démontre la tendance vers un État non interventionniste laissant au seul Marché le soin d’offrir ces services sans aucune contrainte étatique. Celle du bas illustre les intérêts de classe sociale ainsi desservis par l’un ou l’autre choix de société. Les deux bulles vertes identifient le type de système alimentaire conséquent. La ligne intermédiaire identifie les types de rôle de l’État correspondant au choix fait.

Le type de rôle de l’État que nous préconisons est un État régulateur, c’est-à-dire qui impose certaines règles contraignantes pour un certain nombre d’aliments de base à déterminer, mais qui correspondent au « Panier alimentaire de base » proposé par le Guide canadien alimentaire et adopté par le Dispensaire diététique de Montréal, une sommité reconnue en la matière.
Olivier De Schutter conclue :
«Les stratégies nationales fondées sur le droit à l’alimentation devraient être conçues comme des processus participatifs, élaborés conjointement par tous les partenaires concernés, y compris les groupes le plus touchés par la faim et la malnutrition…» (Rapport final, para-graphe 44)
Il ajoute : « Comprise comme l’exigence du fonctionnement démocratique des systèmes alimentaires, impliquant, pour les communautés, de choisir de quel système alimentaire elles souhaitent dé-pendre et comment remodeler ces systèmes, la souveraineté alimentaire est une condition de la pleine réalisation du droit à l’alimentation. » (paragraphe 50)
Enfin, Frédéric Paré, rajoute: « Il faut donc rassembler et entendre les mangeurs, en particulier ceux qui ont faim, puis transmettre et mettre en valeur leurs demandes à l’État. Les opérateurs ne le feront pas pour eux. Ils savent bien défendre leurs propres intérêts. Vers un rendez-vous québécois de l’alimentation et des politiques? »

 

Regard sur le droit à l’alimentation : Entretien avec Hugo A. Muñoz

Propos recueillis par Marie Bader

Hugo Muñoz, nous parle ici du droit à l’alimentation et de la loi qui vise à le rendre effectif au Costa Rica. Professeur émérite à Enseignant-chercheur à la Faculté de Droit de l’Université du Costa Rica, directeur de l’Instituto de Inves-tigación en Derecho Alimentario.

L’état garant d’une sécurité alimentaire, pensez-vous que ça relève de l’utopie?

Je pense que, bien plus qu’une possibilité, c’est une nécessité. Le droit à l’alimentation est un droit humain qui est reconnu par l’ONU, c’est un droit fondamental. L’État, instance démocratique garant du bien commun, a donc une obligation d’assurer que ce droit fondamental devienne opérationnel pour ses citoyens. Il de-vient alors le principal acteur pour faire respecter ce droit. Par contre, ça doit se faire à travers un mécanisme bien établi. Il ne s’agit pas de donner directement de la nourriture à chaque citoyen, mais d’assurer les bonnes conditions pour que tous puis-sent avoir accès à l’alimentation. Par conditions, j’entends un certain nombre de règles, par exemple dans la réglementation du marché, la sécurité sanitaire ou l’innocuité des aliments, etc.
Il y a aussi une autre forme d’intervention de l’État, à travers tous les programmes sociaux d’accès à l’alimentation mis au point par l’État pour les plus vulnérables de la société. Dans le cas du pro-jet de loi que nous avons élaboré au Costa Rica, nous avons souhaité faire une réflexion globale sur tous ces types de pro-grammes d’accès à l’alimentation afin de repositionner l’État dans son rôle central de garante de l’alimentation pour tous.

Comment cette loi va-t-elle se traduire dans les faits, puisque l’alimentation est laissée aux entreprises privées?

Justement, il ne faut pas que le marché soit celui qui va définir comment nous allons nous nourrir. Le marché a son rôle, un rôle important puisque nous sommes dans des économies libérales. Cependant, l’État a un rôle fondamental à jouer et doit faire en sorte que le marché contribue à la sécurité alimentaire et ne va pas à l’encontre. Dans les faits, l’État doit cibler les secteurs clés de l’agro-alimentaire et limiter les règles du marché dans ces secteurs. Ça se conjugue différemment d’un pays à l’autre et aussi d’une culture à l’autre. Ce qu’il ne faut surtout pas faire, c’est laisser toute la sécurité alimentaire soumise aux seules règles du marché.

Comment cette loi a-t-elle été élaborée? Quels sont les stratégies adoptées et surtout les acteurs qui ont été mis à contribution?

Ce travail a pris un an et a mis à contribution plusieurs personnes issues de milieux différents, de différentes disciplines. C’était un groupe hétérogène. Il y avait des juristes, des chercheurs, des parlementaires de différents groupes politiques, des fonctionnaires des ministères concernées (ceux de l’agriculture, de la santé, de la femme, du développement rural, etc.), des élus municipaux, donc l’administration locale, des représentants des producteurs, des organisateurs communautaires et des représentants de la société civile. Avec eux, nous avons d’abord recensé les besoins de la population en matière d’alimentation et de sécurité alimentaire. Sur la base de ces besoins, nous avons fait une matrice et proposé des solutions.
Nous avons aussi fait une étude juridique des lois déjà en place. Les programmes déjà existants sur la sécurité alimentaire ont été aussi analysés. Ces programmes sont gérés par des institutions et organismes qui, chaque année, rendent compte de leur travail et accomplissements dans des rapports annuels, tout comme je suppose au Québec. Ces rapports se basent sur des indicateurs de développement qui vont nous servir, puisque nous allons utiliser ces indicateurs de développement national pour en faire des indicateurs de sécurité alimentaire. Dès lors, les spécialistes de la sécurité alimentaire ont travaillé dessus et c’est devenu relative-ment simple de passer d’indicateurs de plans de développement national aux indicateurs de sécurité alimentaire. Par la suite, nous avons décidé que la sécurité alimentaire sera, pour nous Costaricain, l’équivalent du droit à l’alimentation.

Cette loi est-elle contraignante pour l’Etat ? Est-ce que les populations peuvent saisir les tribunaux en cas de de non-respect de la loi ?

Faire du droit à l’alimentation un droit justiciable était notre objectif principal. Mais il faut que les aspects soit clairs. Il ne s’agit pas de donner à manger directement à chaque citoyen, mais de mettre toute une machine en marche pour assurer la sécurité alimentaire pour tous. En fait, il faut créer les conditions à cet effet.
Pour les juristes dont je fais partie, il est difficile de dire à quel moment l’État a rempli son rôle en matière de sécurité alimentaire. Nous pouvons faire des estimations et des appréciations. Ce qui reste subjectif. Il est alors impératif de trouver des mécanismes et des indicateurs qui vont permettre à la population, mais aussi aux juges, de mesurer si l’État a rempli son rôle en la matière. Au niveau de cette loi, nous avons choisi un schéma qui a été tracé par la cour interaméricaine des droits de l’homme qui consiste à définir des indicateurs d’accomplissement, des indicateurs quantifiables. Il faut d’abord définir les indicateurs, ensuite avoir une année de base. C’est en nous basant sur ça que nous pouvons mesurer si, année après année, la situation s’améliore, stagne ou se détériore. Cette méthode est plus qu’intéressante.

Cependant, nous ne pouvons pas appliquer la même recette pour tous les pays. Chaque pays a sa particularité. Il faut tenir compte de plusieurs paramètres et, notamment, des efforts qui sont déjà fournis par l’État en matière de sécurité alimentaire.

Est-ce que le Costa Rica est signataire d’accords commerciaux notamment au niveau de l’OMC ? Cette loi est-elle en conflit avec des accords de libre-échange ?

Le Costa Rica est bien membre de l’OMC. Nous sommes signataires de plusieurs accords commerciaux et de libre échange. L’économie du Costa Rica est très ouverte. Cependant, au ni-veau international, il y a un manque d’harmonie ou de dialogue entre les droits humains et les droits et règles relatifs au libre-échange. Au niveau national, néanmoins, la Cour constitutionnelle du Costa Rica a été claire sur ce sujet en stipulant que les droits de l’Homme sont prédominants sur les droits du commerce international. L’un des enjeux reste de trouver un équilibre entre les enjeux commerciaux et l’atteinte de notre but.
Pour réussir ce pari, nous sommes allés à la rencontre d’une agriculture laisser en rade de ces efforts de globalisation. Le Costa Rica est un grand exportateur de produits issus de l’agriculture. C’est le premier exportateur mondial d’ananas. Cependant il y a des agriculteurs qui ne participent pas à ce vaste échange parce qu’ils font une production qui n’est pas attirante pour l’exportation et qui n’est pas concurrente des produits importés non plus. Il s’agit de produits autochtones ou de produits qui ne sont pas attirants pour les commerces. Cette agriculture laissée de côté par la globalisation ne porte pas atteinte aux accords de libre-échange. Elle peut servir la cause de la sécurité alimentaire. Il faut que nous garantissions la subsistance de cette agriculture.

Alors, comment identifier cette agriculture ? Nous nous sommes servis des études de la FAO qui a beaucoup travaillé ces dernières années sur les agricultures de types familiale. Il est vrai que l’agriculture familiale reste une notion très ambiguë. Au Brésil par exemple, une agriculture familiale peut désigner une vaste exploitation, contrairement au Costa Rica.
Donc, nous utilisons ce concept d’agriculture familiale qui n’est pas forcément une agriculture de subsistance puisque les pro-duits seront vendus sur les marchés. C’est plutôt une agriculture à petite échelle. Dans ce projet de loi, nous avons définis l’agriculture familiale. Dans cette définition, l’agriculture familiale est une agriculture dans laquelle les membres de la famille travail-lent, mais on peut aussi faire appel à des ouvriers du moment que ça reste à petite échelle.
De plus, nous avons également introduit tout un aspect écologique, sur la base de la notion de l’agro-écologie. Toujours dans cette optique de sécurité alimentaire, nous avons travaillé pour que ces producteurs aient accès aux marchés locaux et aux crédits. Puisque cette agriculture n’est pas en concurrence avec la grosse production, nous ne pensons pas qu’il puisse y avoir un contentieux au niveau de l’OMC. Pour que quelqu’un puisse porter plainte, il faudra prouver que ce que nous avons mis en place porte préjudice aux exportations ou aux importations et il sera difficile de le prouver. Vous savez, il y a assez de place dans les accords de libre-échange pour mettre en place des projets pareils. Par contre, nous ne pouvons pas faire cela avec des « commodities », des produits tels que le blé, le lait en poudre, etc.

Nous souhaitons qu’une loi semblable soit votée au Qué-bec. Auriez-vous des conseils pour les personnes œuvrant pour la sécurité alimentaire ?

En fait, la première étape de ce travail en est une de collaboration. Une grande collaboration entre plusieurs acteurs, ce qui a manqué auparavant. Car les universitaires peuvent et doivent apporter leur pierre à l’édifice. Je parle de chercheurs issus de différentes spécialisions : Droit, sciences humaines, sciences économiques. On ne fait que rarement appel à eux parce que les études qui sont menées par les chercheurs sont souvent gardées dans les tiroirs, alors qu’elles peuvent profiter à la population. Donc il faut mettre autour d’une même table des chercheurs et y attirer les politiciens. Nous partons du principe que tous les politiciens sont de bonne volonté et veulent faire des changements positifs (rires). Pourquoi les politiciens ? Parce que ce sont les élus qui font voter les lois.
Il faut aussi que les personnes du milieu communautaire y soient, car ce sont elles qui sont le mieux au courant de toutes les problématiques sociales vécues par les populations avec lesquelles elles travaillent. Donc, il faut un projet porteur avec des personnes engagées. Si des parlementaires croient en ce projet et le portent, c’est déjà un grand pas. À titre d’exemple, notre projet de loi a reçu l’appui de 30 voix sur les 57 du parle-ment. Il faut vraiment un travail multidisciplinaire, parce que l’alimentation est un domaine très vaste. Il y a comme enjeux des aspects économiques, juridiques et sociaux à prendre en compte. Dans un deuxième temps, il faut de l’honnêteté de la part de tous les acteurs, de la clarté et de la rigueur. Je pense que des solutions viables peuvent être trouvées en matière de sécurité alimentaire.

 

Des cantines pour tous !

La Cantine pour tous vise la mise en place d’un programme de sécurité alimentaire qui permettra aux citoyens montréalais vulnérables qui vivent une situation précaire, d’avoir accès à des repas sains et équilibrés et à des outils pour développer leur autonomie alimentaire et de saines habitudes de vie. Le projet prévoit la mutualisation de cuisines et de cafétérias collectives, publiques et privées afin de maximiser la capacité de production ainsi que le partage de ressources d’éducation à l’alimentation. Fort de ce potentiel, La Cantine pour tous offrira, via ses partenaires, une réponse adaptée aux be-soins de nombreux citoyens, en ciblant tout particulièrement les plus défavorisés. Afin d’assurer la persévérance et la réussite scolaire La Cantine pour tous sera présente pour tous les jeunes, tous les jours de classe, dans toutes les écoles.

La Cantine pour tous : un projet mobilisateur à dimensions multiples.

Il a le potentiel d’assurer une meilleure alimentation, une meilleure santé, de meilleures chances de réussite pour tous les jeunes montréalais et une plus grande autonomie alimentaire aux familles et personnes vulnérables. Il vise à rassembler un ensemble d’acteurs dans l’atteinte de ses objectifs : entreprises d’économie sociale, entreprises d’insertion, organismes communautaires, commissions scolaires, Ville de Montréal, partenaires privés et institutionnels.
Les membres de La Cantine pour tous, qui collaborent depuis 1991 avec les commissions scolaires dans le cadre de la mesure alimentaire, ont développé l’expertise technique pour produire des menus abordables et de qualité et pour distribuer ces repas à différents points de chute. Certains ont développé des programmes d’éducation à l’alimentation destinés aux enfants et à leurs familles.

Afin d’augmenter la capacité de production de La Cantine, le projet propose de regrouper l’ensemble des acteurs communautaires et de l’économie sociale pour agir de concert dans un cadre de travail normalisé assurant une cohérence des actions ainsi que d’utiliser et de mutualiser des infrastructures communautaires et publiques de production alimentaire, dont par exemple, celles des commissions scolaires, des grandes institutions et de la Ville de Montréal. Cette capacité accrue permettra d’augmenter le volume de production de repas afin de les rendre économiquement abordables. De même que la mutualisation et le partage de l’ensemble des outils d’éducation à l’alimentation contribuera au développement de l’autonomie alimentaire d’un plus grand nombre de citoyens.

L’initiative vise donc à :

  • Regrouper les différents organismes qui possèdent et/ou opèrent des infrastructures de production alimentaire qui pour-raient être exploitées davantage ou qui ne suffisent pas aux besoins.
  • Optimiser et mutualiser l’utilisation des cuisines et cafétérias communautaires, institutionnelles et/ou publiques.
  • Mutualiser les achats de matières premières pour réduire significativement les coûts.
  • Regrouper les différents organismes qui font de l’éducation à l’alimentation sous forme d’ateliers, de cours, d’activités de loisirs liés à l’alimentation.
  • Partager et promouvoir les outils et le savoir-faire développés pour motiver les citoyens à se nourrir sainement.
  • Développer des stratégies d’autonomie alimentaire comme la formation de groupes d’achats, la promotion des cuisines collectives, ou encore la création de potagers dans des espaces publics ou privés dont les écoles.

Des services variés pour une diversité de clientèles

En mutualisant un ensemble de ressources et d’expertises, La Cantine pour tous offrira un éventail de possibilités pour une diversité de clientèles :

1. Services aux jeunes dans les écoles primaires et secondaires :

  • Des repas complets sains et équilibrés doublés d’un accompagnement favorisant l’adoption de saines habitudes alimentaires, pour tous les élèves des écoles primaires, qu’elles soient reconnues ou non comme défavorisées.
  • Des repas complets sains et équilibrés liés à un projet éducatif dans les écoles secondaires, qu’elles soient reconnues ou non comme défavorisées.
  • Développer des initiatives entrepreneuriales en alimentation et en restauration par et pour les jeunes au niveau du secondaire.

2. Services aux familles :

  • Promouvoir et faciliter l’adhésion à un groupe de cuisine collective ou un regroupement d’achats afin d’assurer l’accès à une alimentation saine et de qualité et de réduire les coûts d’achat des denrées de base.
  • Développer des projets d’agriculture urbaine ou de jardins communautaires en collaboration avec les arrondissements et avec diverses institutions et organisations locales.

3. Services aux aînés et aux personnes isolées : Offrir aux organismes de soutien dont les ressources sont limitées d’impartir la production de repas à un organisme homologué ou encore d’accéder aux services et infrastructures mutualisés.

4. Services aux organismes communautaires : Offrir la possibilité aux organismes qui offrent des services et activités d’éducation à l’alimentation, de réduire leurs coûts et d’accroître leur offre de services en s’associant au projet La Cantine pour tous qui comprendra l’accès à des infrastructures de production, le regroupement des a-chats et la mise en commun de ressources éducatives pour différents publics.

5. Volets complémentaires du projet : Bien que le cœur de ce projet est la sécurité alimentaire, le projet permet d’atteindre d’autres objectifs complémentaires, dont les impacts sont significatifs, à travers les volets suivants :

  • Sensibilisation à l’entrepreneuriat auprès des jeunes
  • Intégration sociale
  • Réduction des déchets et transformation des surplus.

Projets-pilote de quartier

Ce projet novateur étant relativement complexe, en raison des nombreux partenaires impliqués et des différents besoins à combler, il sera utile et pertinent de le démarrer par étape afin de développer le modèle et d’en tester le fonctionnement en mobilisant les partenaires locaux et en mutualisant les infrastructures de transformations alimentaires locales.
En conséquence, La Cantine pour tous prévoit au cours des prochains mois étudier et approfondir les volets suivants :

  • La mutualisation des infrastructures de cuisine ;
  • Les nombreux partenariats à préciser ou à inventer ;
  • Les outils de gestion informatisés comme le site transactionnel et l’application mobile à haut débit et sécurisés, les outils de gestion des opérations, etc. ;
  • La réalisation d’une étude de marché pour définir précisément les volumes de production requis ;
  • La mise en place de projets pilotes de quartier.

L’échelle idéale pour ce développement graduel est celle d’un quartier. Les résultats de ce projet pilote serviront à étendre graduellement La Cantine pour tous à l’ensemble de l’île de Montréal.

La première étape consiste à identifier des quartiers qui comportent les caractéristiques suivantes :

  •  Sécurité alimentaire identifiée comme priorité (donc besoins locaux) ;
  • Organisme(s) solide(s) en sécurité alimentaire ou en concertation comme porteur(s) local du projet ;
  • Ressources financières locales pour contribuer au financement de l’implantation du projet pilote ;
  • École secondaire ou autre institution publique avec cafétéria « mutualisable ».

Par la suite, les porteurs du projet entreront en contact avec les partenaires potentiels afin de sonder leur intérêt et de débuter la mise en place du fonctionnement comportant les activités suivantes :

  • Cartographier les partenaires, les be-soins et infrastructures du quartier ;
  • Préparer un budget d’opérations et rechercher le financement
  • Élaborer un plan d’action et un budget local (mise en commun des ressources locales et régionales) ;
  • Commencer l’implantation ;
  • Coordonner les différents quartiers et documenter en continu afin d’identifier les meilleures pratiques ;
  • Se servir des apprentissages pour lancer de nouveaux projets pilotes de quartier ;
  • Trouver des partenaires en région pour vérifier l’opportunité et la volonté d’y implanter le projet.

Les partenariats recherchés

Les promoteurs du projet souhaitent développer des partenariats avec des organisations collectives, institutionnelles, publiques et parapubliques. Les partenariats pourraient prendre plusieurs formes dont les détails restent encore à déterminer : par exemple des partenaires en production, en distribution, en mutualisation d’installation et en formation, éducation à l’alimentation et loisirs. Toute autre forme de partenariat et de collaboration innovants, qui maximise l’impact social du projet ou qui en diminue les coûts.

Grande rencontre avec les partenaires potentiels

Les membres de La Cantine pour tous souhaitent organiser, au printemps 2017, une grande rencontre avec les partenaires potentiels et avec les autres acteurs des différents réseaux de sécurité et souveraineté alimentaire montréalais. L’objectif de la rencontre est de valider l’intérêt pour le projet, de susciter de nouveaux partenariats, de mobiliser les organisations intéressées à participer, etc.
Plus généralement, nous voulons faire de ce projet votre projet.
Si vous êtes intéressé à en savoir plus ou si vous souhaitez être invité à cette grande rencontre, communiquez avec nous.

Charles Gagnon
Agent de développement
Chantier de l’économie sociale
charles.gagnon@chantier.qc.ca
514-899-9916 #418

Marie Tellier
Coordonnatrice
La Cantine pour tous
cantinepourtousmtl@gmail.com
514-265-5612

IMAGINONS SI :

  • Tous les enfants d’âge scolaire de Montréal ont accès à de la nourriture saine et équilibrée le midi ;
  • Tous les enfants ont accès aux mêmes menus de qualité ;
  • Les familles ont accès à ce service selon un tarif modulé en fonction de leurs revenus ;
  • Tous les enfants bénéficient d’un accompagnement éducatif favorisant l’adoption de saines habitudes alimentaires et de vie au moment du dîner ;
  • Tous les enfants, dès le primaire, participent régulièrement à des ateliers de développement de compétences culinaires ;
  • Le taux de persévérance et de réussite scolaire s’améliore d’année en année ;
  • Tous les parents utilisent un service en ligne ou sur application mobile pour choisir, commander et payer les repas selon des modalités souples et conviviales ;
  • La même plateforme permet aux parents et aux autres citoyens un accès direct à un ensemble de services et ressources alimentaires de proximité, quartier par quartier ;
  • Les cafétérias des écoles des commissions scolaires et de d’autres institutions à Montréal sont mises à contribution pour répondre aux besoins de production en dehors des heures régulières d’utilisation ;
  • La capacité de production de ces infrastructures publiques est ainsi grandement optimisée au bénéfice de la communauté ;
  • La Cantine pour tous travaille en complémentarité et cohérence avec les autres initiatives alimentaires dans les écoles ;
  • De nombreux organismes communautaires et entreprises d’économie sociale, propriétaires d’installations de production alimentaire, contribuent au projet en acceptant de mutualiser l’utilisation de leurs cuisines ;
  • L’ensemble de ces cuisines mutualisées et coordonnées par la Cantine pour tous permettent d’augmenter grandement la capacité de production ;
  • Cette capacité de production accrue permet la livraison quotidienne de repas dans toutes les écoles primaires sur l’ensemble de l’île de Montréal ; et de rejoindre des citoyens vulnérables en offrant des repas préparés à coûts abordables ;
  • Les grands chefs de la région sont associés au projet pour renforcer sa notoriété et comme garants de la qualité des me-nus ;
  • Le volume important d’achats combinés des partenaires de la Cantine donne accès à des prix et des rabais exceptionnels ;
  • La capacité de production optimisée contribue à la réduction des déchets alimentaires ;
  • Le projet contribue à structurer des initiatives d’agriculture urbaine et de proximité en offrant un débouché fiable et constant ;
  • D’autres organisations qui offrent des services en sécurité alimentaire comme les cuisines collectives ont également accès à des infrastructures de production qui permettent d’augmenter la qualité et la diversité de leurs interventions ;
  • L’accès aux cafétérias permet d’implanter des activités parascolaires et des projets favorisant l’entrepreneuriat collectif en alimentation dans de nombreuses écoles ;
  • Le projet permet la création de nombreux emplois, notamment en insertion socio-professionnelle ;

 

 

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