La gestion de l’offre 2.0

La Table de concertation initie la publication d’une série de textes touchant les 10 principales demandes sur la solidarité alimentaire formulées aux partis politiques. Nous vous demandons de vous joindre à notre stratégie de communication qui consiste à envoyer une lettre par jour ou par semaine aux médias et dans les réseaux sociaux pour mettre une de nos revendications en lumière et en lien avec un évènement faisant l’actualité durant cette campagne. Par exemple, voici à continuation, un article que nous avons produit  faisant le lien avec la protection de la gestion de l’offre qui fait la manchette depuis deux semaines et notre proposition d’élargir cette gestion de l’offre à un panier alimentaire de quelques 40 produits de base.

Si vous avez des commentaires ou de réponses à cette demande, écrivez-nous.

La gestion de l’offre 2.0

  1. On parle beaucoup dans l’actualité de la protection de la gestion de l’offre face à sa remise en question par l’administration américaine. Son objectif, au-delà de son abolition pure et simple qu’elle professe : obtenir au minimum ce que l’Europe et le Pacifique ont obtenu, un accès accru à une part plus importante du marché des produits laitiers actuellement protégé par notre gestion de l’offre.
  2. Au Canada, la position ultra-conservatrice représentée par Maxime Bernier veut son abolition par une position de principe considérant qu’il faut faire confiance aux règles du marché, malgré ses conséquences catastrophiques pour les plus pauvres d’entre nous.
  3. La position du Canada dans ces négociations : Protection de principe de la gestion de l’offre, pour des questions électorales, mais prêt à céder et à gruger une part du marché laitier (à définir) pour favoriser l’industrie automobile de l’Ontario.
  4. Ce qu’est la gestion de l’offre : l’organisation conjointe gouvernement-producteurs agricoles des secteurs concernés pour réguler le marché des produits laitiers, de la volaille et des œufs, stabiliser la fluctuation des prix donnés aux agriculteurs, leur assurer un revenu décent et, subsidiairement, tempérer la hausse des prix de ces produits aux consommateurs.
  5. Remarquons que cette Gestion de l’offre est concentrée dans des niches de productions animales parce que nous sommes un pays nordique et que nos produits maraîchers et céréaliers ne peuvent, dans les conditions actuelles du marché libre, concurrencer les productions plus au sud bénéficiant d’un climat plus propice à une production accrue.
  6. Bien que l’adhésion de la population semble acquise, elle pourrait être plus grande si celle-ci y trouvait son compte. La condition : que le gouvernement y ajoute une volonté de baisser les prix au consommateur en offrant, comme au Brésil par exemple, des coupons à prix préférentiels dédiés spécifiquement à l’achat des produits agricoles d’ici.
  7. D’ailleurs, il serait judicieux d’explorer la possibilité d’étendre la gestion de l’offre si bénéfique aux producteurs concernés à quelques 40 autres produits de base que nous produisons au Québec, afin de permettre à toute la population, notamment à ceux à faible revenu, de manger sainement et aux agriculteurs impliqués de vivre décemment. 40 produits alimentaires de base dans une offre de quelques 35 000 vendus en magasin, ce n’est pas très gourmand comme demande.
  8. On pense ici, dans ce nouveau panier alimentaire de produits de base, aux produits maraichers (tomates, laitues, condiments, etc) aux légumes racines (patates, carottes, navets, etc), aux produits oléagineux (soya) aux céréales (blé, maïs, sarrasin, quinoa, etc) mais aussi aux viandes (porc, etc).
  9. Dans ce dernier cas, citons la situation de la production porcine qui, développée depuis plus de 20 ans pour l’exportation, ne s’est pas transformée après la chute de la demande internationale et qui souffre actuellement de la guerre commerciale avec les USA. Elle demande ainsi à l’État une compensation supplémentaire que celle qu’elle reçoit déjà de l’assurance récolte. Incorporée à la gestion de l’offre 2.0 que nous suggérons, ce secteur agricole y gagnerait en sécurité financière pour les producteurs et en sécurité alimentaire pour les consommateurs.
  10. Ajoutons à ce tableau les producteurs en serre qui pourrait bénéficier de tarifs préférentiels d’Hydro-Québec (comme Alcoa en bénéficie pour l’aluminium) alors que l’État perd littéralement plusieurs millions de revenus en bloquant la production d’électricité de plusieurs barrages faute de clients américains, maintenant autonomes énergiquement. Au lieu de perdre de l’argent, l’État en gagnerait tout de même et nos producteurs en serre se développeraient rapidement pour nourrir notre population avec des produits d’ici. Les régions éloignées et l’agriculture urbaine se revitaliseraient alors et la pollution induite par le transport de ces marchandises s’amenuiserait.
  11. Bref, si la volonté politique se manifestait dès maintenant pour soutenir ses agriculteurs (2% de sa population) et ses citoyens mangeurs (100%), non seulement nous protégerions un joyau de notre alimentation, la gestion de l’offre, face à l’appétit sans fin des 1% de la population qui contrôlent le système alimentaire mondial, mais nous pourrions assurer à tous une offre alimentaire plus saine, mettre ainsi en place une condition déterminante pour la santé de la population, relancer notre économie agro-alimentaire, occuper le territoire en régions et engranger des revenus supplémentaires pour permettre à l’État d’améliorer ses services à la population.
  12. La meilleure position pour sauvegarder la gestion de l’offre n’est pas de se replier dans une approche défensive, mais d’adopter une position offensive d’affirmation de ce modèle exemplaire qui fait l’envie de plusieurs autres producteurs à travers le monde en l’étendant à d’autres produits de base. La gestion de l’offre 2.0, une nécessité pour le développement de notre agriculture et un atout majeur pour la sécurité alimentaire du peuple québécois.

Jean-Paul Faniel
Directeur de la Table
tablefaim@bellnet.ca

Voici la demande en question que nous avons présentée aux partis politiques :

L’État québécois et les prix des aliments

Considérant que

  • il faut ralentir la hausse constante du prix des aliments de base et ainsi sortir ces aliments du domaine de la spéculation et d’un système qui les considère comme une marchandise comme toutes les autres et non comme ce qu’ils sont, un besoin vital;
  • il est possible, si on a une volonté collective forte de le faire, de rendre ces aliments de base accessibles à tous et de contrôler leur prix, comme on contrôle le prix des alcools à la SAQ en les vendant au même prix sur tout le territoire québécois;
  • la gestion de l’offre du lait, des œufs et des volailles a démontré son efficacité pour garantir à ses producteurs un revenu décent et aux citoyens des prix abordables;
  • nous pouvons amorcer ce contrôle des prix par certains aliments que nous produisons chez nous selon ce modèle éprouvé;
  • cette intervention nous permettra de reconstruire des rapports gagnants-gagnants entre nos agriculteurs et les citoyens-mangeurs, surtout avec ceux qui en ont le plus besoin, et développer ainsi une agriculture qui priorise de nourrir convenablement tout notre monde;
  • cette proposition importante a déjà fait l’objet d’une promesse majeure d’un très grand parti sérieux et crédible en France, le Parti socialiste, pour l’élection présidentielle de 2007;

Nous  invitons les partis politiques provinciaux participant à cette élection 2018 à prendre publiquement position pour cet enjeu prioritaire :

Fixer le prix d’un panier de 40 aliments de base et en favoriser l’accès à leur production locale à prix abordable pour tous et sur tout le territoire québécois. L’extension de la gestion de l’offre à ces quarante produits est une avenue à explorer, en autant qu’on y ajoute une volonté politique et un soutien financier conséquent pour en baisser les prix.

 

 

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