Historique

Bref Historique La Table de concertation sur la faim et le développement social du Montréal métropolitain

  

1.    Les origines

 

Les origines de la Table remontent à 1986. Lors d’un colloque sur la pauvreté  à Montréal, initié par la Table de concertation Justice  et Foi de Montréal, certains intervenants échangent leurs perceptions sur l’augmentation rapide des organismes de dépannage alimentaire sur toute l’île de Montréal et sur l’étendue de la faim que révèle ce phénomène. Assez rapidement, ils conviennent de l’utilité de faire le portrait de la situation et de vérifier auprès des groupes leur désir de se rencontrer et de s’entraider. Les personnes sont Monique Ascoat, de Centraide, Pierre Legault, responsable de Moisson-Montréal, Micheline Morency de l’Office des Œuvres et Guy Paiement, du Centre Saint-Pierre. S’ajouteront par la suite Lucy Krasowski des Catholic Community Services, Allan Karpman du Garde-Manger et deux membres de la Société Saint-Vincent-de-Paul.

Grâce à l’aide du Centre de bénévolat de Montréal, l’équipe met sur pied un groupe d’une vingtaine personnesqui font le tour des organismes déjà connus par Moisson-Montréal et qui constituent un premier répertoire. Une collaboration du service aux collectivités de l’UQAM et d’un sociologue de l’université de Montréal permet de traiter les données et de constituer des cartes selon les différents quartiers.

Comme on avait promis aux organismes de leur donner les résultats de l’enquête, un colloque fut organisé le 19 Novembre 1988. On brossa le portrait de la faim à Montréal, de ses causes et certaines pistes d’action furent retenues : en premier lieu, la sensibilisation du grand public au problème de la faim dans la  métropole; en deuxième lieu, favoriser la prise en charge de l’individu et former les bénévoles en ce sens; en troisième lieu, appuyer les groupes qui luttent pour obtenir de la Ville une politique du logement, car l’augmentation des loyers demeure une cause prochaine de l’appauvrissement et des demandes d’aide alimentaire. Enfin, on décidait de mettre sur pied une Table de concertation qui permettrait aux quartiers d’échanger leur expertise et de donner plus de poids à leurs revendications. La création d’un bottin des organismes avait aussi été demandée comme outil pratique de référence. 

2.      Les rencontres de la Table de concertation

 

Dès le début de 1989, la Table tenait une rencontre mensuelle. Assez rapidement, elle mit sur pied des comités de travail pour favoriser l’avancée de certains dossiers et la participation des membres. Il y a eu le comité des média, responsable de la sensibilisation du grand public, le comité de la concertation, pour identifier les concertations existantes dans les quartiers et faire circuler les expériences en cours, le comité du développement qui cherchait à connaître les initiatives venant des groupes de la Table.

Le comité des média organisa une conférence de presse sur la faim des enfants qui aura un grand écho. Quelques mois plus tard, le ministre de l’éducation venait dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve et vérifiait l’étendue du problème. Il devait en sortir le Plan Pagé pour aider les enfants. Malgré ses limites, ce dernier permit à plusieurs groupes communautaires de monter leur expertise dans leur façon de traiter le problème. La Table, par Louise Lépine, fit dès le début partie de ce regroupement, contribua à élargir certaines questions et continue de le faire.

Le comité de la concertation alla chercher de nouveaux groupes dans les quartiers et participa aux concertations de quartiers. La Table a pu compter, grâce à Centraide, sur les services de Claudette Lambert pendant plusieurs mois pour rassembler de la documentation sur trois quartiers et collaborer à la journée mondiale de l’alimentation.                                                                                       

Pour sa part, le comité de développement se concentra sur l’initiative des cuisines collectives. La Table alla chercher des fonds pour aider Diane Norman à écrire un guide d’implantation, assura une traduction anglaise et soutint les efforts pour mettre sur pied le Regroupement des cuisines collectives du Québec.

En 1990, la Table travailla à son incorporation légale. Elle mit au point et fit adopter ses Statuts et Réglements au cours de plusieurs rencontres. Les lettres patentes arriveront le 8 Mars 1991. Il faudra attendre le 15 Juillet 1992 pour enfin obtenir le numéro de charité.

La même année, à l’automne 1990, la Table appuya la campagne de sensibilisation du Fond commun des personnes sociales en publiant un ensemble de dix feuillets d’information sur la loi de l’aide sociale (loi 37). Cet outil fut distribué dans les divers groupes de la Table et dans un très grand nombre de groupes communautaires. L’objectif était de fournir un outil pratique de sensibilisation aux groupes qui cherchaient à dépasser le simple dépannage alimentaire.

1991 ouvrit un volet important de collaboration de la Table avec Nourrir-Montréal, un comité issu de Vivre Montréal en santé. Beaucoup de rencontres eurent lieu pour articuler les liens entre les objectifs de la Table et les interventions du nouveau comité. Au travers des discussions, c’était la reconnaissance de l’expertise des groupes représentés à la Table et de leur autonomie sur le terrain qui était en cause. Il faudra deux ans de discussions et une révision des objectifs de Vivre Montréal en santé pour que le rôle majeur de la Table soit reconnu dans la lutte contre la faim, le comité Nourrir-Montréal se concentrant désormais sur l’élaboration d’une politique de sécurité alimentaire.

Cette même année, la Table accompagna certains groupes du sud-ouest qui étudiaient la possibilité de mettre en place une usine de transformation pour fruits et légumes récupérés, projet qui devait créer des emplois parmi les personnes qui fréquentent les centres de dépannage. Après une longue expertise, le projet fut abandonné parce que non-rentable.

Cette même année, un comité de la Table eut le mandat de préparer des sujets d’échanges entre les membres. Quatre sujets furent retenus : le dépannage alimentaire : l’état de la question; les programmes Extra et les groupes populaires; les alternatives au dépannage alimentaire; le plan Pagé, état de la situation. Ces échanges préparèrent les membres au futur colloque de Mai.

En 1992, la Table décidait, en effet, de tenir son second colloque. Il eu lieu le 8 Mai 1992, avec, comme slogan : La faim c’est assez! Le dépannage ça ne suffit pas! On fit alors l’inventaire des forces et des limites des ressources existantes et l’on chercha de nouvelles pistes d’action existantes. Le besoin d’outils pour accompagner les personnes venant aux divers groupes d’aide alimentaire s’exprima à nouveau avec force et la Table décida d’en tenir compte. En même temps, une analyse plus globale faisait son apparition et devenait de plus en plus commune.

Mentionnons que la Table contesta un rapport, remis au ministre Picotte le 19 Juin, sur un projet de permis qu’auraient dû payer les organismes qui distribuaient des aliments. Cette protestation, s’ajoutant à certaines autres, incita le gouvernement à tabletter le projet.

En 1993, grâce au réseau de Nourrir-Montréal, la Table trouvait les fonds pour élaborer et publier une bande dessinée ayant pour titre << Plein le dos >>, destinée au milieu populaire et communautaire. Plus de 40,000 copies furent ainsi distribuées un peu partout dans tous les groupes de la Table, dans les divers groupes populaires et même dans les divers coins du Québec. Un instrument d’animation accompagnait la bande dessinée. Plusieurs groupes nous ont dit s’en être servi avec leur monde lors d’une activité ou l’autre . La Table publia aussi, après une longue recherche de Jean-Paul Faniel, un Répertoire des organismes d’aide alimentaire du Montréal métropolitain. On le retrouve actuellement dans la plupart des organismes de première ligne.

Soulignons que le comité de recherches s’était transformé, grâce à l’action de Lise Lebrun, en Carrefour de recherche sur la faim et la pauvreté, lieu de rencontre et d’échanges entres des membres de la Table et des professeurs ou chercheurs universitaires. Une rencontre par mois a permis des discussions souvent pertinentes et parfois très décapantes. En mars 1995, il fut décidé de part et d’autre que le Carrefour prendrait son autonomie. Les membres de la Table pourront cependant toujours y participer s’ils le veulent.

Cette même année, la Table fit la promotion des expériences de Magasins-Partage au cours du mois de décembre. Elle le fit en collaboration avec Nourrir-Montréal et les Pharmacies Jean-Coutu. Cette action permit à huit groupes de monter un Magasin-Partage et à la population de connaître une alternative aux traditionnels << paniers de charité >>. L’objectif de chaque Magasin consistait, en effet, à monter une sorte de magasin d’alimentation à même les dons en nourriture de la population du quartier et à inviter un certain nombre de personnes à y faire leur emplette de Noêl. Chaque participant était invitée à débourser une somme minime pour s’inscrir dans ce qui se voulait une longue chaîne de solidarité comprenant les gens du quartier, les bénévoles, l’organisme et plusieurs autres institutions publiques et privées. 

L’année suivante, en 1994, la Table se rendait aux suggestions des membres qui, lors de l’assemblée générale, avaient proposé une meilleure connaissance des quartiers et de leurs innovations. Les rencontres régulières firent alors le tour de plusieurs quartiers et préparèrent le colloque du mois de mai.

Les 5 et 6 mai, en effet, la Table tenait son troisième colloque, avec comme titre : Les réponses à la faim :  de l’urgence à l’alternative.

Le 5 au soir, trois dynamiques différentes furent présentées : celle de l’urgence et de l’accueil, celle de la prise en charge communautaire et celle de la redécouverte de son pouvoir de citoyen/ne dans son quartier et dans l’économique. Le lendemain, des ateliers proposaient des expériences alternatives : les cuisines collectives spécialisées, les magasins communautaires, les clubs d’achats économiques, l’entraide économique ponctuelle et les jardins communautaires. Lors des plénières, on sentit à la fois un grand désarroi devant l’ampleur que prend la faim dans la population et l’urgence de réfléchir afin de proposer des politiques alternatives aux divers gouvernements.

Le colloque eut des suites à Québec, où les groupes reprirent le même thème. La Table avait déjà été invitée à Hull, lors du Forum sur la faim le 16 avril. Une représentante de la Table participa également à un regroupement régional de Tables de concertation sur la faim et la pauvreté. Ce lieu d’échanges existe depuis bientôt deux ans et la Table en est partie prenante.

Rappelons que, le 8 février, la Table présentait un mémoire à la Commission de la culture et du développement communautaire de la ville de Montréal sur l’énoncé d,orientation sur le développement communautaire. Des observateurs nous ont confié y avoir trouvé une grande pertinence.

En décembre, la Table accepta de parrainer encore une fois les Magasins-Partage. Cette fois-ci, onze groupes y participèrent. L’expérience acquise fut précieuse et renforça cette formule alternative auprès du grand public. L’investissement fut cependant très grand en temps et en argent. Le retour sur l’expérience qui suivit fit naître l’hypothèse que les groupes devraient probablement dans l’avenir suivre l’exemple des cuisines collectives et se prendre en main pour organiser la campagne de la prochaine année.   

Rappelons aussi qu’un budget de la Ville avait permis de retenir les services de Daniel Laprès comme cordonateur, ce qui a permis d’organiser le colloque et de voir à la distribution des outils de la Table dans différents milieux, tant communautaires que publics et para-publics. Daniel travailla aussi à contacter certains groupes déjà engagés dans une autre expérience alternative que l’on appelle les clubs d’achats. Cette expérience grandit actuellement dans au moins trois quartiers et permet de mettre en place une autre dynamique sociale axée sur l’initiative et la reprise de son pouvoir.

C’est aussi Daniel qui eut le mandat de préparer des outils de réflexion de fond pour répondre aux besoins exprimés au colloque de mieux comprendre les enjeux en cours dans notre société. Trois brochures ont ainsi été publiées : Le pouvoir de la société, de Philippe Herzog, La politique québécoise des programmes d’employabilité et les groupes communautaires, de Bernard Normand et Le pouvoir fiscal deYves Séguin.

Parrallèlement, les membres échangèrent avec Philippe Herzog sur le pouvoir de la société civile; ils discutèrent aussi de la réforme Axworthy et de certaines pistes alternatives pour relancer les programmes sociaux. Enfin, ils donnèrent des suggestions pour aider le conseil d’administration à préparer un questionnaire d’évaluation de la Table. Le conseil a, en effet, décidé le moment venu de convier tous ses membres à une large évaluation afin qu’ils soient en mesure de mieux orienter les années à venir.

En terminant, soulignons que la Table était invitée, le 24 avril, au lancement du livre de Jocelyne Leduc-Gauvin : Ensemble pour mieux manger. Guide d’action communautaire contre la faim. Le comité des initiatives y trouvait son compte et les groupes, un outil de développement.

Guy Paiement

Avril 1995

Note 1 : Les membres de la Table de concertation sur la faim du Montréal métropolitain sont de plusieurs types : certains représentent des concertations de quartier, d’autres représentent des organismes à vocation  métropolitaine, comme Moisson-Montréal, d’autres de simples organismes de quartier et d’autres de simples organismes de quartier et d’autres, enfin, sont des personnes- ressources acceptées à cause de leur expertise pertinente pour la Table. Lors des votes, une pondération de tenir compte des différences dans la représentativité.

Note 2 : La Table a cherché, depuis toujours, à trouver des fonds qui permettaient d’assurer une permanence. Les réussites, jusqu’ici, ont permis des projets limités et non renouvelables. La question demeure donc entière de trouver un financement régulier et susceptible d’assurer une certaine permanence.

Note 3 : Les lettres patentes présentent les objectifs suivants de la Table de concertation sur la faim du Montréal métropolitaine :

– Éduquer le public en général sur le problème de la faim et de la pauvreté

– Effectuer la recherche et la diffusion de solutions aux problèmes de la faim et de la pauvreté

– Opérer un centre public de documentation et d’information dans les domaines ci-haut mentionnés

– Organiser des rencontres, ateliers, conférences ou colloques sur les problèmes de la faim et de la pauvreté

– Organiser des campagnes de souscription dans le but d’amasser des fonds pour réaliser les fins ci-haut mentionnées.

Depuis deux ans, la ville de Montréal fournit gratuitement un local à la Table au 5174 rue Drolet, Montréal, H2T 2H2. Tél. 271-3712.

 

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